Bienne : retour sur les journées de la photographie

A 130 kms de Besançon, la paisible ville de Bienne se transforme chaque mois de septembre en ville de la photo.

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Les journées de la photographie de Bienne permettent aux visiteurs de flâner et par le biais des expositions de découvrir des sites plus ou moins connus de la ville : une  cave discrète enfouie sous une épaisse végétation, une ruelle ou un site patrimonial. Le thème des expositions hybridation donne lieu à des recherches pertinentes, des regards croisés et des décodages nouveaux.

Ainsi la série China Western Carlos Spottorno dévoile le Xinjiang, province chinoise. Ses photos mélangent la Chine traditionnelle et la nouvelle dans une improbable géométrie ; de plus les œuvres révèlent l’impressionnant métissage des cultures dans cette région qui possède des frontières avec huit pays.

La série Kamasaki  d’Eduardo Cebollero montre un bureau de l’emploi  japonais transformé par des chômeurs en un lieu d’activités privées. Les photos dénoncent, - au-delà la mutation du lieu -, l’extrême pauvreté et l’ennui. D’autres photographes encore interrogent la réalité urbaine grignotée par la publicité (Natan Dvir) ou transformée par les murs antibruits (Grégory Callavini).

La très belle vidéo Grosse klein Welt, présentée au cœur de l’exposition, met en relation le texte de Robert Walser (célèbre écrivain) et des plans de la ville de Bienne. Qu’est-ce qu’une image ? Comment existe-t-elle au présent et meurt-elle l’instant suivant pour ne jamais se reproduire ?

Moins pertinente au niveau formel et conceptuel, Moi et les filles  le projet de Romain Mader de se photographier avec des femmes inconnues pendant le salon de Genève n’atteint pas son but : aucune émotion ne traverse ses clichés. Soulignons aussi la très ludique installation de Camille Scherrer In the Wood qui permet aux visiteurs de jouer avec des ombres (voir photo).

Au-delà des regards portés par les photographes, le visiteur découvre comment au cœur des enjeux de la globalisation, le monde change dans l’urbanité, le paysage, la représentation des frontières et même avec un point de vue Google Earth au moment d’un tournage.

Par ailleurs, présentée en même temps au CentrePasquArt, la 12ème exposition Suisse de sculpture intitulée Le Mouvement remet en question l’idée figée de sculpture. Il s’agit pour cette édition, à l’instar du Land Art, de quitter les murs de l’institution, pour créer des événements dans la rue comme le firent les situationnistes en flânant dans Paris.

Dans cet état d’esprit, les vidéos et photos présentés au CentrePasquArt accordent une grande place aux artistes des pays de l’Est et montre comment l’art s’est imposé en interpellant violemment les régimes totalitaires : à titre d’exemple la mise en scène de la nudité de l’artiste Ewa Partum dans les rues de Varsovie en 1980 et dans le même état d’esprit provocateur les apparitions de Tomislav Gostovac utilisant son corps dans Striking  en 1970 représentent un engagement par rapport aux mœurs sociétales. La chorégraphe roumaine Alexandra Pirici s’est fait connaître avec un groupe d’amis en s’emparant de la rue et imitant physiquement les statues. Tout en détournant le symbolisme originel des statues, ces performances visaient aussi à répondre aux coupes budgétaires imposées par le ministre.

Etonnante programmation quand on apprend aussi que Bienne applique un article controversé sur l’expulsion : « la police peut temporairement exclure des personnes d’un lieu lorsqu’il existe un motif raisonnable de soupçonner que ces personnes ou d’autres appartenant au même groupe mettent en danger ou troublent la sécurité ou l’ordre public ». C’est donc la police qui décide de comment l’espace public peut-être utilisé, ce qui est opportun et ce qui doit être interdit.

Il y aurait encore à dire sur l’appropriation de la rue par les artistes, sur le corps comme revendication, sur le groupe comme moyen de contestation… S’interroger sur les facteurs qui influencent la relation entre l’espace public et l’art dans différent contextes politiques, nous renvoie à notre monde, désormais quadrillé par des caméras de vidéosurveillance.

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