Les Résistives, un festival éco-citoyen ancré dans son territoire

Ney, près de Champagnole, accueille les 14 et 15 juillet la septième édition d'une manifestation culturelle, associative et paysanne sentant bon les alternatives concrètes. Stéphane Leng, animateur du collectif Citoyens résistants et élu local, revient sur son origine : une lutte, perdue, contre l'étalement urbain et commercial.

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La septième édition des Résistives se tient ce wee-end des 14 et 15 juillet à Ney, village voisin de Champagnole. Cet éco-festival est devenu l'un des rendez-vous important du Jura compte pour les porteurs, initiateurs et soutiens d'alternatives concrètes. Avec une scène musicale et un village associatif très fourni, un forum de débats et de rencontres, un marché paysan, on pourrait se dire qu'il s'agit d'un événement comme il y en a tant.

Cependant, sans attirer des foules immenses, il draine un public de plusieurs milliers de personnes, souvent engagées, sensibles aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux, ainsi qu'à leur traduction politique. C'est assez logique quand on sait que le Collectif Citoyens résistants qui l'organise s'est créé il y a plus de dix ans à l'occasion de la contestation de la politique municipale qui consistait à dérouler le tapis rouge à des enseignes de la grande distribution en prenant sur des terres agricoles.

Stéphane Leng, archéologue de formation, conseiller municipal d'oppositionélu sur une liste divers-gauche qui a obtenu quatre sièges à à Champagnole, est l'un des animateurs du CCR. Il porte aussi le projet de créer, en SCOP avec trois autres personnes, un magasin Biocoop qui pourrait ouvrir en 2019.

Qu'est-ce qui fait tenir le collectif dans la durée pour une manifestation aux accents militants assumés ?

Il y a un comité de pilotage adhérents du CCR pour les Résistives qui sont le plus gros de l'activité. On fait toujours de l'achat groupé auprès des agriculteurs locaux, on organise des projections-débats... On se sert de la sociocratie. On a mis en place un mode collégial d'organisation, sans responsable, dont je suis l'animateur. On fonctionne en petits groupes ayant chacun un référent transmettant l'information au comité de pilotage où il siège. C'est comme ça qu'on fait lien entre différents cercles. Chacun est autonome, cohérent. On a un cercle restauration-buvette, un animation-organisation du forum, un pour les relations avec les producteurs, un autre pour les relations avec les associations, etc.

Ça marche ?

Il y a parfois de l'usure, de l'inquiétude, mais avec l'expérience, on sait ce qui nous attend. Une personne n'a pas pu s'impliquer cette année sur la restauration, il a fallu trouver un autre référent. La restauration pour 300 personnes, c'est vite du travail...

Ne courrez-vous pas le risque de l'institutionnalisation, de la lourdeur ?

C'est parfois lourd, mais on s'y prend tôt. Nous avons eu notre assemblée générale en décembre, une réunion de tous les bénévoles qui sont plus de cinquante pour partager le travail. Chaque cercle est représenté au comité de pilotage...

Vous avez une origine militante et des objectifs politiques...

Oui, une lutte contre deux hypermarchés de plus dans une ville de 8000 habitants... Nous étions soutenus par des associations, des militants, la Confédération paysanne. Durant cette lutte, nous avons voulu réunir tous nos soutiens : les Résistives sont nées de ça. Mais notre combat a échoué car les deux hypers se sont installés. L'un, un Super-U, s'est agrandi sur des terres agricoles ayant un paysan-boulanger, l'autre, un Leclerc, sur un pâturage... Nous avons poursuivi les Résistives car il y a eu une demande du public et des associations. On a développé le côté culturel pour que ce soit plus festif. La première année, des amis venaient jouer pour nous. Là, on rétribue des musiciens, même si ça fait un effort financier car on n'a pas de subvention locale, le seul sponsor, c'est Biocoop-Lons...

C'est l'une des plus grosses manifestations politico-festives de la région...

De la région je ne sais pas, mais dans le Jura, il y a aussi Regain(s) qui va se développer, BAO, la Fée EstivalChahut au château à Gevingey... Ce sont des associations avec qui on partage du matériel ou on se le prête. Sans aide extérieure et sans techniciens bénévoles, on ne pourrait pas équilibrer nos budgets...

L'entrée est payante...

Oui, 8 euros le samedi, 5 euros pour les étudiants et chômeurs, et à prix libre le dimanche.

Avez-vous pensé à ne pas garder le samedi ?

On en a discuté, mais c'est le samedi qu'on a des artistes nationaux qui font beaucoup pour la médiatisation. Et puis, si on ne gardait que le dimanche, ce ne serait plus un festival, seulement une fête éco-citoyenne... Cette fois, ce sera ouvert samedi dès 17 h à la demande du public, mais les spectacles ne commencent qu'à 19 h, et pour la première fois il y aura les associations et les producteurs qui le souhaitent. Mais la plus grosse partie viendra le dimanche.

Vous avez été à Besain, près du lac, l'an dernier à Chaux-des-Crotenay, cette année à Ney. Sur quel genre de site ?

C'est un ancien stade non entretenu, mais ce qui est intéressant c'est l'eau et l'électricité à proximité. On sera aussi proches des Serres de Ney, des producteurs de champignons installés depuis deux ans, avec qui on travaille. Il y a aussi la piste cyclable depuis Champagnole...

Pensez-vous poursuivre l'itinérance du festival ?

Peut-être... Si un site idéal nous convient, on verra... D'autres communes sont d'accord pour nous accueillir. On a discuté avec Vannoz qui aurait pu nous accueillir cette année.

Qu'est-ce qui intéresse une commune qui veut vous accueillir ?

Je ne sais pas, certains ont seulement dit oui, sans évoquer le côté politique. Le président de la communauté de communes ne nous soutient pas, et je suis élu municipal à Champagnole et conseiller communautaire...

Cette dimension politique compte ?

Je ne me mets pas spécialement en avant, mais ils nous connaissent. Avec la renommée du festival, Besain était satisfaite. Le maire de Champagnole a parlé un temps de nous accueillir il y a deux ans, on a cherché ensemble un lieu, puis plus rien. On soupçonne des pressions, il a parlé du voisinage...

Vous êtes quand même dans l'opposition...

Je ne suis pas très clivant, plutôt dans la construction. Sur les énergies vertes ou le zéro pesticides, il avance dans le bon sens, alors on le soutient. Il a une volonté, à la différence de son prédécesseurClément Pernot, devenu président du département... En revanche, on n'est pas d'accord sur le projet de nouvelle zone commerciale ou l'étalement urbain...

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