Gilets jaunes et écolos ensemble pour le climat et la justice sociale

Vendredi matin, les automobilistes qui rentraient et qui sortaient de Besançon ont eu la surprise de voir une centaine de banderoles orner les ponts ou recouvrir les publicités qui foisonnent à chaque accès de la ville. Les slogans, dont « plus de trois degrés, fin du comté », visaient à interpeller les consciences de ceux qui se rendaient au travail, souvent coincés dans les bouchons, et à les inviter à se joindre aux militants pour le climat et la justice sociale qui manifestent ensemble ce week-end.

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L’équipe Valentin était la plus matinale. Elle s’était donné rendez-vous à cinq heures du matin. Nous arrivons quelques minutes plus tard sur le gros rond-point qui donne accès à la rocade après la rue de Vesoul et déjà, une première banderole a été accrochée entre un panneau de signalisation et un luminaire. Celle-là est personnelle, elle vise directement, et nommément, un journaliste de l’Est Républicain accusé de mentir. Une histoire de chroniques provocantes à propos du mouvement Alternatiba. Si certains ont souhaité attirer l’attention avec cette banderole, qui restera énigmatique pour la plupart, ce n’est pas le message principal que les militants pour le climat et la justice sociale (Alternatiba, ANV-COP21, Extinction Rebellion et Gilets jaunes) ont voulu faire passer tôt ce vendredi matin.

 « C’est la semaine pour le climat qui démarre le 20 septembre, c’est le jour de la marche des jeunes et la veille de la marche pour le climat et la justice sociale. Le problème du climat menace la survie de l’humanité, l’un ne va pas sans l’autre. L’idée est de faire passer ce slogan, être assez nombreux pour dénoncer ce système et le foutre en bas pour mettre quelque chose d’autre à sa place avant qu’il ne soit trop tard », nous avait confié Charles, l’un des initiateurs de cette opération, la veille. Il fait encore nuit noire et nous apercevons quelques silhouettes autour du rond-point. Beaucoup sont encapuchonnées, pas pour se dissimuler, mais en raison de la fraicheur de ce crépuscule du 20 septembre. Les participants à cette action non violente de désobéissance civile l’assument, et le font à visage découvert. Une cinquantaine de personnes au total, se sont répartis entre Beurre, Chateaufarine, la côte de Morre, Chalezeule et la rue de Vesoul.

Sur le rond-point, l’équipe de neuf personnes vient d’accrocher deux grandes banderoles en vis-à-vis sur les rambardes qui surplombent la rocade. Tous les automobilistes liront ce message : « 21/09, 15h place Flore, Justice sociale et climatique, Gilets jaunes, climat, même combat ». L’invitation est lancée, c’est l’appel prioritaire qui sera placardé sur les plus grosses affiches aux cinq entrées principales. « Notre prochaine cible, c’est ça », dit l’un d’eux en montrant les grosses publicités de 4 mètres par trois qui jalonnent toute la rue de Vesoul. La deuxième phase peut commencer, le « commando » pacifiste, composé de personnes venues d’ANV-COP 21, d’Alternatiba, d’Extinction Rébellion et de Gilets jaunes s’arme de longue perche en bambou et de leurs banderoles.

 

Des chaussettes remplies de graviers

L’opération n’est pas des plus simple. Des chaussettes remplies de graviers au bout de ficelles sont fixées aux quatre coins des banderoles. À l’aide des grandes perches en bambou, il s’agit de faire passer la corde et les chaussettes du haut de l’autre côté du panneau publicitaire. « On n’est pas si mal, elle est bien », diront ceux qui sont un peu en retrait après quelques tâtonnements des installateurs. La deuxième se coince dans un pylône. « Elle n’est pas droite, mais bien visible ». Le maniement de la perche e perfectionne avec le temps, il y aura 16 banderoles posées au total. Celle qui recouvre une pub pour le salon de l’érotisme fera bien rigoler la bande. « Ceux qui vivent sont celles qui luttent », signé Victor Hugo. « Il l’a écrit comme ça Victor Hugo ? – Non, on l’a féminisé, il ne l’avait pas fait ! ».

« On peut avoir l’impression que ça ne sert à rien, que ce n’est que des banderoles, mais non. Le but est de marquer les gens, c’est super important, vital pour notre futur. Cela devient indispensable de lutter contre le système capitaliste. Je n’ai pas envie que ma vie soit gâchée par des trucs comme ça », confie Chloé, une étudiante de 18 ans engagée au côté d’Extinction Rebellion. Mylène, 24 ans, en formation d’éducatrice spécialisée, est là, parce qu’elle « s’inquiète de la vie de ses futurs enfants et de ma belle planète ». Même si les banderoles « peuvent paraitre minuscules à côté des grands panneaux publicitaires, chacun trouve essentiel de mener cette action et les profils sont variés, tout comme l’âge des participants.

Yvan, 37 ans, profession paramédicale, a une profonde conviction écologique et sociale, « mais prioritairement écologiques », veut-il préciser. « Les actions individuelles dans mon coin ne me suffisaient plus. J’avais besoin d’exprimer plus d’actions sur le terrain, à exprimer davantage mon rejet de la politique actuelle. ». Vers 7h du matin, il repart donc satisfait d’avoir participé à cette action de désobéissance civile.

Pas de changement climatique, une catastrophe climatique

Didier est le coordinateur de l’équipe ici, c’est aussi un membre actif des Gilets jaunes de la région. « L’injustice sociale impacte le climat. On se retrouve face à des multinationales qui polluent, qui ne paient pas d’impôts, pas de taxes. Et à qui on demande de payer la facture ? Toujours à ceux qui n’arrivent déjà pas à boucler la fin du mois. On aimerait bien qu’il y ait de l’équité, que ce soit raisonné. C’est important d’être dans la rue. Si on n’occupe pas l’espace public, on devient invisible, c’est pour ça qu’on est là depuis 10 mois. Et ce n’est pas la première fois que l’on rejoint d’autres organisations.

« Le principe de la convergence devient urgent », dira un autre, proche du mouvement des Gilets jaunes. « Aller mettre une banderole qui ne coute rien, qui ne fait de mal à personne, c’est de la communication, comme nous en sommes bombardés par les infos dans les médias. » Pour lui, la longévité des Gilets jaunes en a incité certains à rejoindre d’autres mouvements. Claire, professeur et militante ANV, estime que cette campagne d’affichage « a le mérite de souligner la place que les pubs occupent en ville et dans nos esprits. Cela permet de voir à quel point c’est massif ».

Jean-Marie, qui a sa propre boite, est marqué par ce qu’il voit tous les jours avec son métier d’élagueur : le dépérissement des arbres. Il est là « pour que les gens prennent conscience que l’on n’est pas dans le changement climatique, mais dans la catastrophe climatique ». Il ne voit qu’une réduction « drastique » de nos modes de vie comme solution. Vincent, à la retraite, évoque le livre Le gang de la clé à molette, « des vieux qui veulent saboter le capitalisme. Il y a un moment que je me dis qu’il faut que je me bouge le cul. S’attaquer aux pubs, c’est bien. ». Il était auparavant à Attac qu’il trouvait un peu mou, « si la population ne bouge pas, le gouvernement ne bougera pas ».

S’il ne bouge pas, il surveille. Certains des militants s’étonnent de la concomitance de la convocation de deux d’entre eux à la gendarmerie la veille de cette mobilisation. C’était ceux qui étaient le pus exposé lors de l’opération de décrochage du portrait de Macron réalisé par ANV-COP21 le 13 juillet à Roche-lez-Beaupré...

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