Après l’oracle footbalistique

Quels rapports y a-t-il entre le 49-3, l'énergie éolienne, l'université d'été des mouvements sociaux et l'Euro de football ?

Qu'est ce qui est le plus important ? Le recours au 49-3 permettant d'adopter la loi travail qui n'a ni majorité parlementaire ni soutien populaire ? La qualification de l'équipe française de foot pour la finale du championnat d'Europe ? L'enthousiasme des citoyens jurassiens investissant un ou quelques mois de salaire dans la transition énergétique ? Le vaste remue-méninges de l'université d'été des mouvements sociaux et de la solidarité internationale qui se tient à Besançon ?

Quand on pose la question de l'importance de l'événement, il faut aussitôt la compléter : pour qui ? pour combien de temps ?

On pourrait alors avoir tendance à relativiser la joie populaire instantanée qui s'est exprimée après le match de foot de jeudi soir contre nos meilleurs « ennemis » sportifs. On devrait dire adversaires car ennemis renvoie à la guerre, mais comme le dit le secrétaire d'État aux sports Thierry Braillardsur France Info ce vendredi 8 juillet, le sport est la continuation de la politique par d'autres moyens. Et comme la guerre est, selon Clausewitz, elle-même la continuation de la politique par d'autres moyens, la confusion, et ses dérives chauvines ou nationalistes, sont vite là.

C'est notamment ce qu'a souligné Danièle Secrétant en chroniquant le livre de Michaël Mention Jeudi noir qui revient sur les sentiments ambigus qui saisirent nombre de supporters de la bande à Platini éjectée quasiment manu-militari de la finale du mondial de foot un soir de 1982... Il est sous-titré un match, une victime, une vengeance... On peut, depuis hier soir, solder ces comptes là et se dire que la vengeance sportive est enfin arrivée... 

Espérons cependant, puisque sport et politique sont mêlés, puisque l'oracle footbalistique a parlé, qu'on va examiner de plus près comment le gouvernement allemand impose un certain ordre libéral en Europe, maintenant qu'un de ses meilleurs alliés, le Royaume Uni, va lui faire défaut. Mais là, ce n'est pas la piteuse - mais juste - élimination de l'équipe de foot anglaise qui fait référence. Quoique. Son vainqueur est l'équipe d'un pays - l'Islande - qui s'est mobilisé pour empêcher son gouvernement de lui faire payer les erreurs des banques... Ce qui est sportivement et politiquement réjouissant.

La référence pour analyser et comprendre comment cet ordre libéral génère désordre environnemental et injustice sociale, ce n'est plus le foot qui la fournit, mais plutôt l'université d'été que tiennent Attac et le centre de recherche et d'information sur le développement. C'est au sein de ces associations, dont les travaux sont rarement soulignés par les grands médias, que des chercheurs et des praticiens œuvrent depuis des années pour que la nature de l'ultralibéralisme soit décortiquée et constatés ses dégâts humains ou écologiques. 

Alors qu'est-ce qui est important ? C'est ce qui fait vivre plus fort, comme l'émotion, la joie, le plaisir d'une victoire sportive, mais aussi celui de la partager. C'est aussi comprendre ce qui nous arrive dans ces moments, histoire de ne pas transformer cette joie en haine pour qui ne la partage pas, pour ce meilleur ennemi qui a perdu, cet autre, ce méconnu ou cet inconnu si facile à ignorer ou mépriser. C'est aussi comprendre les ressorts de la psychologie, de l'économie, de l'intérêt...

Comprendre que des intérêts contradictoires découlent les conflits qui nous obligent à discuter, négocier, à transiger pour rester vivants. Ce que l'humanité a toujours fait. De ce point de vue, un sport où les gagnants sont uniques est aussi à interroger : et si c'était le collectif qui construisait le succès ? Celui d'une équipe, mais aussi celui d'une mobilisation citoyenne pour une éolienne, ce qui nous place du point de vue des acteurs et non plus des spectateurs. Car être acteur, c'est à la portée de tous.

D'ailleurs, il est temps d'arrêter avec la métaphore sportive qui sent trop la rhétorique guerrière animant l'idéologie de la concurrence. Et de réhabiliter la coopération sans qui les collectifs humains ne tiennent pas.

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