Le cinéma d’animation fait salle comble à Pontarlier

Plus de 4500 spectateurs début avril, des animations dans la ville, des ateliers pour comprendre la fabrication d'un film, des rencontres... Organisé depuis sept ans par le Ciné-club Jacques-Becker, le festival d'animation de la capitale du Haut-Doubs est devenu une référence pour cet art méconnu pourtant apprécié par tous les publics…

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Force est de constater qu’aujourd’hui le public de cinéma est souvent âgé et fidélisé depuis longtemps au septième art. Aussi, la conquête d’un nouveau public passe désormais par des actions menées en faveur des jeunes. La nouvelle équipe du Ciné-Club Jacques Becker l’a compris puisqu’elle organise depuis sept ans, - en plus des Rencontres Internationales d’automne, - un Festival de cinéma d’animation.

Et ce début avril, il fallait voir les salles combles, peuplées d’enfant pour comprendre que quelque chose de nouveau est en train de naître dans cette ville cinéphile depuis 1960, date de la création du Ciné-Club.

Des ateliers pédagogiques

Comment faire comprendre aux enfants les mécanismes utilisés dans le cinéma d’animation, les techniques et la façon si particulière de raconter des histoires avec des matériaux tels que la pâte à modeler, la laine ? Comment faire comprendre aux enfants le mécanisme du mouvement des images animées ?

Une quinzaine d’enfants ont expérimenté la réalisation d’une séquence de film sans caméra, en utilisant le grattage de l’émulsion de la pellicule, le dessin, le collage et montage. A la fin de l’atelier, ils ont pu présenter leur travail en organisant une projection de leurs travaux en présence de leurs parents. Ce bel atelier mis en place par Arsim Imri était complété par un atelier bruitage où les enfants ont pu créer leur propre bande son sur une séquence muette.

Un atelier pour les petits (Photo Michèle Tatu)

A cette approche du mouvement et du son, les prémices du cinéma, s’ajoutait la possibilité de découvrir un théâtre d’ombres chinoises à bord de l’Autoc’Art ; il s’agissait de séances organisées par une troupe familiale qui, - façon saltimbanques, - s’installe sur les places publiques et fait découvrir aux enfants un autre imaginaire en projetant des ombres de marionnettes plates articulées sur un écran translucide. Ces ombres servent de support à des histoires chantées ou contées avec des musiques et des bruitages. Plus de 400 enfants ont découvert la magie du théâtre d’ombres.

L’autoc’Art (Photo Michèle Tatu)

Rencontres avec des réalisateurs

Conformément à la tradition du Ciné-Club des réalisateurs et des spécialistes de l’animation étaient conviés pour parler de leur travail et le faire découvrir. Expliquer à une salle pleine de lycéens qu’il faut une journée pour 6 secondes de film. Et surtout les plonger dans l’imaginaire de ces créateurs, à l’instar de Jean-Luc Gréco et Catherine Buffard. Les deux réalisateurs ont présenté leurs films, de vrais trésors d’imagination en volume et papier découpé.

Dotés d’un sens aigu de l’observation, les deux cinéastes traduisent ce qu’ils perçoivent dans le quotidien et le transforment pour raconter une histoire à l’image de Un ciel chafouin qui raconte le départ en vacances d’un couple de boulangers : ils partent à la mer et ont oublié de jeter leurs vieux objets à la déchetterie et ceux-ci sont très encombrants dans leur voiture. Dans Bouche cousue l’histoire presque anodine d’un homme qui laisse tomber un morceau de pizza dans un bus, ils tissent un récit où apparaît la vraie nature humaine. Pour réaliser ce film en 1997, il a fallu un an aux deux réalisateurs.

L’école Folimage de Valence

Les films courts, présentés en compétition internationale, reflètent désormais l’immense créativité des cinéastes français issus pour la plupart de l’école Folimage de Valence. Des séances pour les petits et en particulier Le garçon et le monde, fable brésilienne d’Alê Abreu, film très poétique où l’on retrouve les problèmes du monde moderne. A la sortie, une toute petite fille expliquait tranquillement comment la guerre avait détruit les arbres.

De longs métrages en soirée et en particulier The Plague dogs, film culte de Martin Rosen, rarement présenté, s’adresse à un public adulte. Ce conte cruel relate l’évasion de deux chiens Snitter et Rowf d’un laboratoire où ils subissent des sévices. Très éloigné des productions Walt Disney, les deux animaux libérés de leurs bourreaux découvrent un monde sombre. Loin d’un plaidoyer contre la vivisection, le film qui évite l’anthropomorphisme nous parle d’un monde inhospitalier qui pourrait être le nôtre.

Cc’est en initiant les enfants à l’image depuis le plus bas âge, en les confrontant au cinéma dans leur scolarité, qu’on peut faire naître le désir d’aller au cinéma. Un long chemin sans doute dans un monde où internet, Facebook et la télévision déversent leur flots d’image. Pourtant, c’est aujourd’hui le nouveau pari de l’équipe du Ciné-Club Jacques Becker.

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