« L’angle mort » et l’homme invisible

Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic signent un « film fantastique réaliste », avec un personnage qui a le pouvoir de disparaître aux autres. « L’angle mort » est une version auteuriste du mythe de l’homme invisible.

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Au début de l’année, le réalisateur Louis-Julien Petit montrait des « Invisibles » visibles de tous, des exclues de la société, des femmes sans-logis qu’on préférait ne pas voir. Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic montrent à leur tour un homme bien visible, mais que personne ne voit dans « L’angle mort » (sortie le 16 octobre), un « film fantastique réaliste », une version auteuriste du mythe de l’homme invisible.

Tout commence un soir de concert, dans les loges d’une salle de spectacle, où de façon incompréhensible un bébé disparait de son couffin. 38 ans plus tard, Dominick (incarné par Jean-Christophe Folly) est devenu un grand gaillard, qui travaille dans le sous-sol d’un magasin de musique à emballer des guitares. Dominick se fait discret, et garde bien précieusement son secret, dont il n’a même pas parlé à sa charmante fiancée (interprétée par Isabelle Carré) avec qui la relation est un peu alternative.

Comme son copain Richard (le comte de Bouderbala), Dominick a le pouvoir de disparaître au regard des autres ; sauf à celui des spectateurs du film. Ici, pas de trucage numérique ni de tour de magie, le public continue de « voir » cet être disparu pour les autres personnages. Seul signe distinctif, c’est nu qu’il se déplace parmi les autres humains, car il doit bien sûr se débarrasser de ses vêtements pour être réellement invisible. C’est ainsi un corps noir, mais bien visible qui évolue dans l’obscurité.

Contrairement à ce prestidigitateur qui en a fait la base de son tour, Dominick ne sait pas trop quoi faire de ce cadeau déposé dans son berceau ; ce don, il le subit plutôt que d’en tirer un avantage. Il en profite à peine pour espionner une jolie voisine (jouée par Golshifteh Farahani), mais c’est bien inutile puisque la belle est aveugle. Et puis il y a des ratés, ça commence à dérailler, Dominick parvient de moins en moins à « passer » de l’autre côté, dans l’autre dimension où d’ailleurs il se sent si seul. Ainsi, le nouvel homme invisible n’est pas un super-héros, c’est un anti-héros solitaire, un handicapé de la vie, qu’il soit apparent ou pas.

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