RN 83 : un « fossé immense » entre riverains et services de l’Etat

Une réunion entre militants de l'association Bonne route et services de l'Etat a débouché le 11 décembre sur un constat de divergences, soulignent les auteurs du compte-rendu que nous avons consulté. Néanmoins, une nouvelle rencontre est prévue pour janvier. Pour l'association de riverains excédés par le trafic de transit international, « si la porte n'est pas fermée, il faudra encore de grandes mobilisations pour obtenir satisfaction », à savoir un arrêté d'interdiction de la nationale qui pourrait être testé à l'occasion de travaux en 2022.

Mercredi 15 décembre, des membres de l'association Bonne route ! avaient construit un sapin de  Noël en planches sur le rond-point situé sur la RN83 au sud de Larnod. En guise de décorations, des panneaux d'interdiction aux poids lourds. Et des banderoles indiquant Père Noël svp cette année pas de camion.

L'installation a été rapidement enlevée, ce qui a interloqué l'association qui entendait ainsi rappeler aux pouvoirs publics la nécessité de transférer rapidement sur l'autoroute le trafic des poids lourds en transit. Elle avait été reçue quelques jours plus tôt par les services de la Préfecture du Doubs et avait « constaté de profondes divergences sur le constat des nuisances provoquées par le trafic en transit et sur les solutions à mettre en œuvre », mais restait positive en soulignant que « le dialogue n'est pas rompu puisqu'une nouvelle réunion doit avoir lieu en janvier. »

Les adhérents avaient reçu un compte-rendu plus détaillé de ce premier rendez-vous avec la Préfecture du Doubs, la DREAL et la DDT, mais pas la DIR-EST, « excusée pour cause de cellule de crise intempéries. »

« Nous avons constaté un fossé immense entre nos attentes et la perception par les services de l'Etat de la situation de la RN 83 », soulignent les auteurs du compte-rendu. « Pour eux, le trafic sur la RN 83, en comparaison des autres axes, ne justifie pas une attention particulière, la liberté de circulation doit être totale, les accidents ne sont pas plus nombreux que sur les autres axes (170 accidents entre 2016 et 2020 dont 25 avec des poids lourds, ceux-ci causant plus de morts, reconnaissent-il cependant), il n'est pas prouvé que le trafic soit un trafic de transit, les affaissements de route ne sont pas dus aux poids-lourds, etc. »

Conclusion, les militants associatifs ont « senti un grand décalage entre des statistiques, des modélisations et la réalité ». Ils ont ainsi dû « rectifier plusieurs points. » Quand les représentants de l'administration expliquent que passer par l'autoroute occasionne un détour d'environ 25 km, ils rétorquent : « Nous avons pris nos voitures, parcouru les deux itinéraires et relevé au compteur 14,7 km de différence. »

Ils ont aussi montré leurs décomptes de plaques d'immatriculation des camions, soulignant « la réalité du trafic de transit », insistant sur la pollution engendrée et les dangers quotidiens…

Quand les administratifs « affirment qu'il n'existe aucune route ntionale avec des interdictions aux poids-lourds », les associatifs ont sorti de leurs dossiers « les arrêtés d'interdiction pris par des préfets sur plusieurs axes dont des routes à grande circulation ». Ils ont contesté l'affirmation selon laquelle la pollution causée par le transport sur autoroute serait plus importante que sur la nationale : « Nous avons présenté une étude portant sur plus d'1 million de km parcourus qui prouve le contraire. »

Et d'assurer aux quelque deux cents adhérents avoir défendu « pied à pied l'argumentaire » en restant dans le doute de « savoir vraiment comment il a été reçu ». Les fonctionnaires ont selon les militants défendu les transporteurs, mais ils auraient « été assez surpris quand nous leur avons dit que nous les avions rencontrés et que leur position n'était pas forcément celle défendue par les services de l'Etat. »

« Pour ces services, il y a trop de difficultés juridiques et d'incertitudes sur les conséquences d'une telle décision. Ils ont peur que ce type d'arrêté fasse tache d'huile », analysent les auteurs du compte-rendu qui poursuivent : « Autre aveu intéressant : ils n'ont pas la possibilité de contrôler l'application d'un tel arrêté, donc il est inutile d'en prendre un ! Nous avons cité les travaux du Sénat qui clarifient la situation juridique. Nous avons proposé de prendre un arrêté temporaire, permettant d'analyser les améliorations que cela apporterait. Beaucoup de travaux auront lieu sur la RN l'an prochain et c'est l'occasion de mettre en place cet arrêté. »

Seront-ils entendus ? Ils croient en tout cas avoir « senti une légère ouverture sur cette idée, qui sera étudiée. » Ils ont alors « demandé que rapidement, tous les partenaires se mettent au travail pour sécuriser les bases juridiques d'un arrêté » et ont obtenu une autre réunion en janvier, en présence de la DIR-EST, « le temps de vérifier les divergences d'appréciation, de chiffres… »

La piste d'un groupe de travail avec l 'ensemble des partenaires a été évoquée et doit être transmise au préfet qui donnera suite ou non. Conclusion : « Le chemin reste long, mais la porte n'est pas fermée. Il faudra encore de grandes mobilisations pour obtenir satisfaction. »

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