Des « nuits debout » à Besançon, Lons-le-Saunier et Montbéliard

Issu de la fac des lettres à Besançon, le mouvement est arrivé à Lons par le collectif Notre Dame des Landes. A Montbéliard, des militants de gauche radicale ont lancé une invitation pour vendredi 15 en revenant de Besançon...

nuitdeboutlons

« Combien de "résistants" toute la nuit ? 20 personnes le matin ! Allez vite réviser et après vous pourrez être collaborateurs d'élus PS frondeurs... » Le conseiller municipal Pascal Bonnet (LR) ironise sur Facebook à propos du petit matin de la Nuit debout bisontine. Le pic d'affluence, pour reprendre l'expression de Correntin Lahu, l'un des animateurs du mouvement, qui prépare une thèse d'histoire, aura été atteint samedi 9 avril entre 23 heures et minuit quand près de 500 personnes se sont rassemblées place Granvelle. Après quoi, la trentaine qui avait tenu toute la nuit, a assuré le rendez-vous pris avec France bleu à 7 heures...

Comme en beaucoup de villes du pays, et quelques unes d'Europe, la question centrale est celle de la « convergence des luttes ». Autrement dit « comment amener différentes secteurs professionnels à se mobiliser en même temps ». Pour le retrait de la loi El Khomri, mais aussi pour un autre monde. C'est difficile à envisager sans la jonction avec les salariés engagés, notamment les militants syndicaux. Or, force est de constater que « les gens de SUD sont les plus impliqués, on ne voit pas trop les autres », dit Correntin Lahu.

Besançon le 9 avril, après la manifestation, bien avant la Nuit debout qui réunira jusqu'à près de 500 personnes. Photo Roland Vasic

Dit autrement, notamment dans le compte-rendu de cette nuit debout, la question que se posent les participants est « comment toucher tout le monde ? » On constate « une sous-représentativité des classes populaires » et quelqu'un propose que « le mouvement s’étende dans le temps et dans l’espace, pour donner la parole à tous ». Cette réflexion bisontine, déjà mise en pratique lors du défilé du 24 mars qui s'était inhabituellement enhardi dans le quartier des Chaprais, a un écho à Lons-le-Saunier. Lors de la troisième Nuit debout du chef-lieu jurassien, dimanche 10 avril, Sylvain propose de déplacer l'événement dans le quartier populaire de la Marjorie.

Pallier aux difficultés de la convergence

La Nuit debout bisontine a décidé de créer un comité de lutte bisontin pour tenter de pallier aux difficultés de la convergence. Il en est à ses « balbutiements » et a du pain sur la planche. De son côté, le comité de lutte étudiant maintient le contact entre ses membres pendant les vacances afin de tenter de maintenir la pression à la rentrée. « On compte sur le mouvement salarié fin avril, on sera dans l'action intersyndicale le 28, il y aura le 1er mai, puis la discussion parlementaire à partir du 3 mai ».

Lons-le-Saunier, dimanche 10 avril. La troisième nuit debout commence... Ph D.B.

A Lons-le-Saunier toujours, après une fondue aux cinq comtés et aux trois blancs du Jura, un jeune rural soulève la question du gaspillage et de la récupération des surplus de supermarchés. L'idée suscite l'intérêt, elle fait penser au resto-trottoir bisontin qui s'inspire du mouvement Food nots bombs né dans les années 1980 à Boston et passé par le Canada avant d'arriver en Europe. A l'inverse de Besançon où les étudiants en lettres et sciences humaines ont pris Nuit debout en mains, l'embryon de mouvement lédonien est porté par la gauche non socialiste. Il est vrai que la ville n'a quasiment pas d'étudiants. On sent l'impatience de certains militants du NPA à démontrer qu'ils sont l'avant garde, mais les autres (Verts, PCF, PG, libertaires...) veillent.

« J'ai de l'espoir dans le collectif,
pour changer le monde du travail,
partager... »

Du coup, ce sont des salariés et des précaires qui constituent les quelques dizaines de participants venus à la suite d'une flambées de sms. « J'ai reçu beaucoup de messages de personnes de confiance », dit Pauline, bibliothécaire. Sont-elles toutes là ? « Non... » Prof d'histoire au collège de Bletterans, Juliette a « beaucoup suivi ce qui se fait à Paris, mais l'essentiel pour moi c'est ce qui se fait ici ». Cela peut-il être efficace ? « C'est trop tôt pour le dire, mais j'ai de l'espoir dans le collectif, pour changer le monde du travail, partager... »

Cherchant du travail en charpente, Hadrien, 29 ans et au RSA, est venu parce qu'il en a « marre d'être passif : c'est bien que les gens s'organisent, se rassemblent, discutent dans une ambiance festive ». Métalier du bâtiement au chômage, Charles-Elie, 28 ans, est « venu voir quelle est l'énergie, quelle direction le mouvement va prendre ». Chloée a « évidemment » envie que ça chaage : « on n'a pas d'avenir potentiel, la société est de plus en plus inégalitaire et en haut ils se permettent de nous donner des leçons ! »

Lons-le-Saunier... Les débats commencent... PH D.B.

En fait, c'est le besoin de parler et d'échanger qui apparaît. Avec l'objectif d'agir sur le réel : « je n'attends rien, je participe », dit Pierre-Emmanuel, prof d'économie-gestion. Catho de gauche et vieux militant de l'insertion, Claude Chevassu sent « un souffle de jeunesse » dans la petite assemblée assise en cercle place de la Liberté. « Cet esprit de désobéissance a quelque chose du refus du fatalisme, mais tout reste à construire ». Venu comme lui de Poligny, son camarade Laurent est résolu : « Il faut que ça change, alors il faut y aller, s'afficher... »

« Écœurée par les politiques »

Conseillère municipale écolo de Lons, Anne Perrin, observe sans intervenir : « j'attends de voir des jeunes, comment ils peuvent organiser une action politique citoyenne réelle. L'idée n'est pas que ces gens-la s'encartent, ils sont hors des jeux d'influence... » A ses côtés, Ghislaine, éducatrice spécialisée, « écœurée par les politiques », pense aux « Indignés espagnols, c'est une présence citoyenne à construire ». 

Vieux briscard de la politique, candidat Front de gauche aux élections européennes, Gabriel Amard écoute, participe en donnant un coup de main matériel, mais ne dit presque rien. Le mouvement citoyen théorisé par Jean-Luc Mélenchon dans L'Ère du peuple est là, sous ses yeux... Sera-ce lui - ce mouvement - qui empêchera l'hypothèque Le Pen ?

On n'en est pas là, mais aux décisions plus prosaïques sur l'horizon des quelques jours ou semaines. A Lons, décision a été prise de se réunir deux fois par semaine, les mercredi et dimanche à 18 heures. A Besançon, les prochains rendez-vous sont programmés jeudi 14 avril : assemblée générale à la fac de lettres en midi, retransmission de l'interview de François Hollande au journal de 20 heures place Granvelle...

« Sans drapeau ni carte ni autocollant »

A Montbéliard, la Nuit debout commence vendredi 46 mars, pardon 15 avril, à 19 heures à la Pierre à Poisson pour une « occupation citoyenne pacifiste et ouverte ». A l'origine de cette nuit montbéliardaise, on trouve « des militants syndicaux, politiques et des étudiants », explique Vincent Adami qui fut candidat du Front de gauche à la législative partielle d'Audincourt de février 2015. « Il y a de l'effervescence dans le Pays de Montbéliard, explique-t-il, sur la loi travail, la santé avec les fermetures des hôpitaux de Belfort et Montbéliard, les intermittents du spectacle, la gestion de l'eau... »

Une page Facebook a été créée et Vincent Adami revendique 2200 invités en 48 heures dont 200 ont confirmé leur présence : « il y a une vraie demande de prise de parole. On veut que ce soit le plus ouvert possible. Même si c'est décidé par des militants, on viendra sans drapeau ni carte ni autocollant. Ce doit être le rassemblement le plus large possible pour libérer la parole. Les choses doivent se structurer par la base, pas par une minorité agissante... J'avoue que c'est un saut dans l'inconnu... »

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