Nicolas Bodin : « le macronisme s’épuisera de lui-même »

C'est l'analyse de l'adjoint à l'urbanisme et président du groupe PS du conseil municipal de Besançon dans l'édito d'un bulletin où il explique que les difficultés de la majorité sont tempérées par le programme de 2014. Il défend le principe d'une liste d'union de la gauche pour les municipales de mars 2020, excluant une alliance avec LREM sauf dans le cas bien improbable d'un RN à 45%...

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« Le macronisme s'épuisera sûrement de lui-même dans quelques mois ou quelques années, d’autant plus que son ciment reste avant tout la soumission à un Chef... Le plus dramatique dans cette construction politique est d'avoir eu pour objectif de tuer toute opposition gouvernementale, laissant pour seule alternative – en tout cas dans les médias – le Rassemblement National ou la France Insoumise. » Cette petite phrase est extraite de l'éditorial du numéro 2 d'Agir pour Besançon, la lettre de quatre pages du groupe socialiste et société civile du conseil municipal de Besançon, signé par l'adjoint à l'urbanisme Nicolas Bodin, son président.

Il estime que la conversion du maire Jean-Louis Fousseret à ce macronisme met la majorité municipale en difficulté, et en même temps « les 404 propositions du programme municipal de 2014 constituent le lien indéfectible, pour l'heure inchangé [cette] Majorité » municipale.

Il y a donc, selon cette analyse, concordance entre ce lien indéfectible et les difficultés de la majorité municipale. On pourrait logiquement en déduire une contradiction majeure, à l'origine de ce qui paraît aux observateurs comme un état de crise permanent, mais Nicolas Bodin reste muet dans son texte sur ce point. Il franchit allègrement l'obstacle en expliquant quelques lignes plus loin : « Le PS pour sa part réfléchira - sans nul doute - à des alliances avec Generation·s, EELV, le PCF. Mais faut-il rappeler les fondamentaux en politique ? Les alliances se nouent autour de propositions concrètes, de programmes, de contrats de gouvernement. C’est uniquement par un débat de fond respectueux qu’ émergera la richesse de nos apports respectifs. »

Comme cet édito appelle des prolongements, nous avons posé quelques questions à M. Bodin.

Comment faites-vous cohabiter le « lien indéfectible » qui unit la majorité municipale et ses difficultés ?

Je dis la même chose dans mon édito que ce que je disais en septembre... J'ai le programme de 2014 comme livre de chevet. A chaque fois qu'on a une difficulté, on regarde le programme. Par exemple, dans un instant, je vais présenter en municipalité le projet du PRU (programme de renouvellement urbain) de Planoise que je porte depuis quatre ans. Je n'en ai pas changé la copie avant-hier ! C'est vrai qu'il y a des discussions particulières car le maire est macroniste et qu'on est dans l'opposition au gouvernement. On est dans une situation unique en France, qui a durer au plus tard jusqu'en mars 2020...

Vous n'écrivez pas le mot crise alors qu'on la constate tous les jours ou presque...

C'est compliqué, sauf qu'on connait la fin de la crise. Il nous resterait cinq ans de mandat, je ne sais pas comment on ferait. Là, on a quand même le programme. Et heureusement que Jean-Louis Fousseret a l'habitude d'écrire des programmes détaillés. S'il n'y avait eu que dix grandes lignes, on serait mal...

C'est la réhabilitation du programme par rapport au « faites moi confiance »...

Un programme détaillé, on peut juger sur pièces. C'est écrit noir sur blanc sur 48 pages.

Vous écrivez que plus de 65% a déjà été réalisé. C'est le même chiffre qu'il y a un an....

Je n'ai pas le chiffre réellement réalisé aujourd'hui.

Est-ce à dire qu'on a fait du sur-place depuis ?

Non. Mais je ne suis pas capable d'évaluer l'évolution des programmes ne relevant pas de ma délégation.

Vous mettez-vous en situation de conduire une liste PS au premier tour des municipales ?

Si j'étais candidat, ce serait sur une liste d'union de la gauche.

Vous pourriez la conduire ?

Il faudrait que je me déclare, que je sois investi par le PS... Ce n'est pas le cas. La désignation interviendra le 28 mars.On peut se retrouver avec une liste d'union de la gauche dont les partenaires ne voudraient pas du PS à la tête. Mais cela suppose que l'objectif des socialistes soit d'avoir la tête de liste... Les autres partis n'en ont pas discuté avec le PS.

Il y a déjà une ébauche d'alliance entre le PC, EELV, quelques socialistes...

Il n'y a pas de discussions entre partis, à ma connaissance. Je ne pense pas que le PS ait entamé des discussions avec les autres partis pour l'instant.

Vous allieriez-vous avec LREM ?

Non.

Même une fusion entre les deux tours ?

Non. A moins d'une situation où le FN aurait 45%... La position du PS est qu'il n'y aura pas d'accord avec En Marche.

Cette hypothèse d'une union que vous passeriez avec En Marche est arrivée à mes oreilles...

Je sais qu'on veut me mettre ça sur le dos. Je n'aurais pas écrit mon éditorial comme ça... Je cite des partis de gauche - PCF, EELV, Génération.s, Place publique - pour que ce soit très clair dans les esprits.

Mettez-vous le Rassemblement national (ex FN) et la France insoumise dans le même sac ou dos à dos ?

Je les rejette mais ils sont très différents. Le FN je les connais depuis 30 ans... J'ai l'impression que LFI a pas mal de divergences internes...

Certains viennent ont été PS où vous les avez connus...

Je connais Emmanuel Girod et Habiba Hakkar, qui étaient au PS et ne sont plus à LFI... Je vois aussi le débat entre Clémentine Autain et François Ruffin quand il fait la promotion d'Etienne Chouard sur le RIC...

Vous regardez ça de près ?

Je regarde par intérêt pour la politique en général...

Le RN ex-FN, c'est l'extrême-droite ?

Absolument !

Et La France insoumise ?

C'est du populisme de gauche, mais est-ce uniquement ça ? Ils ont des différends. On voit des départs, vers Benoît Hamon, ou d'un nationaliste...

LFI est-elle de gauche ?

Localement, je vois surtout une détestation de la gauche municipale. C'est plus en termes critiques qu'une animosité personnelle, mais par exemple, je n'ai jamais parlé avec Claire Arnoux. On a beaucoup de désaccords politiques.

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