En Marche et la santé : « Le programme n’est pas fini le jour de l’élection ! »

Les comités locaux de Besançon qui soutiennent la candidature d'Emmanuel Macron enfilent les réunions thématiques car le programme n'est pas complet, sur ce sujet comme sur d'autres. Factuel a passé deux heures à écouter des échanges sur la santé entre une dizaine de militants et à les interroger.

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Ils sont une dizaine, attablés dans l'arrière salle d'un café du centre de Besançon. C'est la réunion, ouverte, du comité local d'En Marche ! Doubs consacré à la santé. Jeune retraité de l'Agence régionale de santé où il était en charge de l'offre médico-sociale, Christian Wernert anime la discussion, prend des notes. Emmanuel Macron a présenté le 6 janvier à Nevers les grandes lignes de ses pistes sur le sujet, mais ses soutiens s'activent pour faire remonter les remarques et questions du terrain.

Ancienne militante socialiste, Geneviève défend le principe de la Sécu : « chacun paie des cotisations selon ses moyens, et reçoit des soins selon ses besoins ». Christian Wernert  souligne : « c'était la solidarité des débuts... » Denis Baud, le responsable départemental d'En Marche ! n'a pas l'air convaincu que cela doive toujours être le cas : « Ça peut se discuter ». Le candidat propose de financer la protection sociale par « moins de cotisations sociales assises sur le travail et plus par l’impôt. »

Médecin généraliste, ancien adhérent du MoDem, Jean-Marc résume l'irruption du consumérisme dans les relations de soins : « les usagers veulent être soignés vite et gratuitement, les professionnels de santé veulent être bien payés et passer moins de temps dans les paperasses ». L'œil de Denis Baud s'allume : « c'est le tiers payant le problème ? Quelles sont les pistes de simplification ? » Jean-Marc ne refuse pas le tiers payant, seulement les lenteurs du remboursement de la part mutuelle : « il y en a 800... Je suis pour une carte avance santé qui permet de payer le médecin et qui débite le patient quand il est remboursé ».

« C'est ça qu'il faut faire remonter ! »

Son confrère Guy, longtemps électeur de droite, abstentionniste depuis dix ans, regrette l'abandon du médecin référent : « c'était efficace et personne n'en parle, ni les syndicats, ni les journalistes... » Tous deux résument : « on n'est pas contre le tiers payant, on veut un seul payeur ». Denis Baud : « C'est ça qu'il faut faire remonter ! »

Viennent les relations entre l'hôpital, la coordination des soins, la médecine de ville, compliquées par le système notamment par le système du paiement à l'acte. « Beaucoup de patients ne savent pas s'ils sont à jour de carte vitale ou de mutuelle, on fait du travail social, de l'éducation », dit Guy. « Il y a de vrais problèmes quand on a besoin d'un lit d'hospitalisation, le nombre de lits a baissé ces dernières années... Et il y a en prison un tiers de détenus psychotiques non soignés », souligne le psychiatre. Guy opine : « c'est pareil en gérontologie après 18 heures ». « Un système 24/24 heures serait-il utile ? », conclut l'animateur. Guy est satisfait de ce qui existe : « on a la chance d'avoir une permanence de soins en Franche-Comté. On a éduqué les patients qui appellent le 15, ça marche dans le Doubs, le Jura et la Haute-Saône... »

La discussion débouche sur le numérus clausus qui limite le nombre d'étudiants en médecine en France, pousse certains à s'expatrier pour apprendre quand même le métier, conduit des médecins étrangers à prendre des postes d'interne en France. « Ceux qui viennent de Roumanie n'ont pas le même niveau intellectuel, euh de formation », souligne Guy, favorable à l'augmentation du numérus clausus. Pour Christian, c'est un « vrai faux problème : on n'a jamais eu autant de médecins en France, mais jamais aussi peu de médecins sur le terrain... »

« Il faut qu'il y ait davantage de gens formés avec davantage de compétences »

Sa remarque renvoie à la féminisation du métier, au désir de vie de famille et de loisirs, de ne plus travailler 60 heures comme l'ont fait les générations précédentes. « Il faut qu'il y ait davantage de gens formés avec davantage de compétences », dit Laurent, infirmier et enseignant en sciences médico-sociales. Il défend « un peu de compétition car dans certains endroits, il n'y a qu'eux. Je connais une petite ville où l'ophtalmologiste refuse les CMU. Dans certains Ehpad avec plus de cent patients, on fait des heures supplémentaires gratuites... »

Denis Baud voit l'obstacle : « si on augmente le numérus clausus, les études coûteront plus cher, du coup, la médecine ne sera plus libérale... » Les médecins sourient : « libéral n'est pas le mot adapté, c'est la Sécu qui fixe nos tarifs... Ce qui reste de la pratique libérale, c'est la liberté d'installation ». Geneviève, l'ancienne socialiste, l'est un peu restée : « Y a-t-il quelque chose sur les dispensaires qui existaient dans le temps ? C'était une bonne solution dans certains endroits... » En fait, il y en a, même à Besançon, le plus souvent associatifs, mais personne ne le signale et la discussion se poursuit sur les dépassements d'honoraires : « ce n'est pas un problème, c'est sur les plaques », dit Guy...

On parle des génériques, de la difficulté à mettre en place la vente des médicaments à l'unité « à cause des lobbies » et, souligne Guy, « du manque de force du politique ». Quand Jean-Marc suggère de développer « les infirmières en santé publique et les maison de santé », le psychiatre évoque le « gros scandale » constitué par le fait que « le corps médical scolaire est décimé ». On approuve la suggestion de Guy d'instaurer une consultation obligatoire des ados tous les ans ou tous les deux ans, ou pour entrer au collège... »

« Pour des infirmières de santé publique
dans les établissements de santé
pour gérer les problèmes d'éducation »

Jean-Marc regrette « l'ubérisation de la médecine », ce que Guy décrit comme les « médecins-pizza » comblant en partie l'incurie des urgences en même temps que celle de patients-consommateurs. Quant à l'hôpital, le « virage ambulatoire » est plébiscité : « tout ce qu'on peut faire à la journée est un excellent choix », indique Fanette, responsable de la plateforme numérique d'En Marche ! Reste la face cachée de l'amélioration : « il n'y a pas assez de médecins pour les hospitalisations à domicile, il faut des réseaux de médecine de ville ». A entendre Jean-Marc et Guy, ils existent : « l'Arespa marche bien ». C'est une association pluridisciplinaire faisant de la coordination, la part du médical et du social, du familiale et du relationnel.

Quand nous demandons quelle place pourrait être celle des patients, des associations de malades et de leurs familles, de l'éducation thérapeutique dans le projet santé d'En Marche !, Jean-Marc revient sur son souhait de voir « des infirmières de santé publique dans les établissements de santé pour gérer les problèmes d'éducation ». Guy garde un souvenir mitigé d'une expérience qui a tourné court : « il y a eu une fois de l'éducation à la santé par une infirmière dans mon cabinet, pour les diabétique. C'était bien, mais seul le diabétologue était payé. Ni moi ni l'infirmière ne l'étions. On a arrêté... »

« Faire un premier embryon de programme,
le tester, puis l'élargir si ça marche... »

Que pensent-ils de la proposition de Michel Antony de créer une « école normale de médecins avec un engagement décennal. Ce serait une bonne formule pour lutter contre la désertification médicale » ? Les deux généralistes ne rejettent pas l'idée : « Pourquoi pas ». Christian Wernert voit rouge : « C'est une recette d'hier, il faut surtout des moyens techniques. J'étais à la Ddass de Vesoul quand Michel Antony s'opposait à la fusion des hôpitaux de Lure et Luxeuil... »

A trois mois du premier tour de l'élection présidentielle, on a l'impression que les militants d'En Marche ! en sont toujours à construire le programme de leur candidat. Cela ne rebute pas Jean-Marc : « Le programme n'est pas fini le jour de l'élection. Il faut faire un premier embryon de programme, le tester, puis l'élargir si ça marche... »

Vu comme ça, la galaxie Macron s'inspire d'un modèle expérimenté notamment par les assemblées de la France insoumise, notamment testé lors des élections départementales du Jura avec Majorité citoyenne, ou encore par les réseaux d'Arnaud Montebourg... Bref, il y a comme un air — frais — de redécouverte de la culture du débat, qui a déserté les grands partis. Cependant, En Marche ! n'est qu'au début de son chemin : parler santé n'est pas que l'apanage des professionnels et des économistes de la santé.

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