Les salariés de France 3 Franche-Comté en grève pour préserver la qualité des éditions de proximité

Les éditions régionales diffusées sur France 3 Franche-Comté sont perturbées depuis quinze jours. Les salariés entameront lundi 1er février leur troisième semaine de grève.

La direction de France Télévisions, Delphine Ernotte en tête, leur demande de produire à moyens constants un programme de 20 minutes pour « le 18h30 », une nouvelle tranche de diffusion censée compléter l’offre d’information de proximité de France 3.

S’ils se réjouissent de l’opportunité de fabriquer plus, les salariés refusent de le faire sans moyens supplémentaires. L’an dernier, ils ont eu du mal à absorber, à moyens constants déjà, la charge de travail qu’a engendré la mise en place de deux autres tranches d’information à 11h53 et à 18h53.

En un peu plus d’un an, l’entreprise a multiplié par deux la durée quotidienne des tranches d’in- formation dans les 23 antennes du réseau régional France 3, sans ressources ajoutées.

Des journaux de plus en plus pauvres et de plus en plus éloignés des territoires comtois

Pour pouvoir fournir la quantité d’antenne demandée, la station de télé bisontine, l’une des plus petites du réseau, n’a d’autre choix que de déplacer les équipes du JT (journaux télévisés) pour qu’ils concourent à la fabrication du nouveau 18H30, avec, pour conséquence principale, la perte de la qualité non seulement des journaux mais de toutes les éditions :

‣   de moins en moins d’images, de plus en plus de talk show en plateau -chroniques, décryptages et invités se multiplient- non par choix éditorial mais par obligation.

‣   des rediffusions trop nombreuses

‣   et surtout, une augmentation des contenus piochés à l’extérieur : en Bourgogne ou dans les autres régions (Alsace, Rhône-Alpes notamment) mais aussi sur les chaînes nationales comme France 2 ou France 3.

Or, les téléspectateurs comtois le font savoir dès qu’ils en ont l’occasion, ils attendent de leur « télé régionale » des programmes qui parlent de leur territoire.

La direction de F3, qui affiche la proximité comme l’argument clé de ses campagnes publicitaires « de près, on se comprend mieux », défend non pas l’idée d’une proximité géographique mais celle d’une proximité transversale, c’est à dire « d’intérêt pour une problématique », à laquelle les téléspectateurs seraient tout aussi attachés ! (sic)

Les journalistes de Bourgogne Franche-Comté ont beau faire de leur mieux pour que les reportages ou émissions tournés à Nevers intéressent aussi les habitants de Belfort, de Lons ou de Charquemont (et l’inverse), les téléspectateurs n’en n’ont que faire, neni ma foi, ils réclament des contenus comtois qui parlent de leur territoires et de leur culture !

Les salariés eux aussi s’inquiètent de la disparition progressive des contenus de proximité géographique. Ils redoutent une mutualisation outrancière des moyens bourguignons francs-comtois qui pourraient provoquer, à terme, la disparition de l’édition strictement comtoise au profit d’une seule édition grande région.

Ils dénoncent en outre la surcharge de travail dans certains services déjà à l’asphyxie et la dégradation générale des conditions de travail qui pèsent lourdement sur la santé des salariés.

Au cours des deux dernières années, la direction nationale du réseau France 3 a enregistré plus de 20 alertes des représentants du personnel pour risques psycho-sociaux.

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Le 18 janvier, les organisations syndicales SNJ-CGT-SUD, signataires du préavis de grève reconductible, dénoncent l’urgence dans laquelle les projets d’émission ont dût être élaborés, l’absence de moyens dédiés, et les risques qu’ils comportent pour la santé des salariés.

Elles demandent le report de l’ouverture de la tranche 18H30 à la rentrée de septembre 2021. Le temps de faire état des moyens humains et techniques existants dans chacune des 23 antennes antennes de son réseau métropolitain. Le temps aussi, pour les directions régionales, d’élaborer des projets dignes des attentes des téléspectateurs et des missions de service public de la chaîne France 3.

Après 15 jours de grève et 4 réunions de négociation, les syndicats ont accepté vendredi de revoir à la baisse la durée du report jusqu’au 8 mars seulement. Mais la direction re- fuse d’étudier le besoin de moyens pour toutes antennes régionales. Elle exclue certaines d’entre elles, considérant qu’elles seraient mieux dotés que les autres. Une position inacceptable pour les organisations syndicales qui ont donc reconduit leur préavis de grève.

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