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Vis et deviens... La voie de la truite

chronique

Mercredi 27 novembre 2019 / Danièle Secrétant

"On pense être maître de notre vie en toutes circonstances alors qu’une foule de petits détails bouleverse en permanence notre destin à notre insu." Polar et nature. Le nouveau roman de Philippe Kœberlé, Vis et deviens, remonte dans le temps, jusqu'à l'enfance de Séverin Menigoz, le héros principal de ses quatre précédents polars. Un récit souvent émouvant, toujours porté par le respect de la nature, par le souci de sa préservation. Depuis tout petit, Séverin Ménigoz suit "la voie de la truite".

Philippe Kœberlé signe son cinquième roman, Vis et deviens, dans lequel on découvre enfin qui est véritablement Séverin Menigoz. Avec toujours, en fond de page, l'amour de la nature, le souci de sa préservation, et la passion de la pêche à la mouche, surtout quand elle est No kill.

Les amateurs, les amatrices de polars enracinés dans le terroir, dans la nature, sont de plus en plus nombreux-ses à aimer Séverin Menigoz, le héros de quatre romans écrits par Philippe Kœberlé. Dans le premier, Autopsie d’une truite, Menigoz, découvre une oreille à l’intérieur d’une truite. Suspens et rebondissements garantis, sans parler d’une magnifique partie de pêche à la mouche dont Menigoz est un grand spécialiste.

Dans le second, Le sorcier d’Ornans, Aimé Besson de son vrai nom, est assassiné. Menigoz, son cousin médecin légiste, et le p’tit Mouge, un personnage haut en couleur qui travaille à « La Peuge », vont être entrainés dans une nouvelle aventure, au cœur de la nature et de l’histoire franc-comtoise.

Dans le troisième, Là ou tombe la neige, de magnifiques descriptions de nos paysages enneigés. Qui a été tué ? Pourquoi ? Comment un crime vieux de 80 ans pourrait-il trouver son explication aujourd’hui ? Plus encore, comment pourrait-il légitimer des actions menées par un prêtre venu d’Italie, lui-même en contact avec le conteur local, Ferjeux Faivre, le dépositaire des histoires de familles et de ce territoire enseveli sous les neiges de longs mois durant. Une sorte de griot du Haut-Doubs. Va alors commencer un formidable jeu de piste qui balade le lecteur des années 1920, après la première guerre mondiale, à nos jours, jusqu’à une organisation pas très catholique, La légion du Christ.

Dans le quatrième au titre intrigant, Le piège Anadrome, départ du Haut-Doubs pour… l’Islande. Dépaysement garanti, intrigue bien ficelée, défense de la nature, critique acérée de la mondialisation… et toujours une histoire de pêche à la ligne. Dans Le piège Anadrome, il ne s’agit pas de pêche à la truite, comme dans Autopsie d’une truite, mais d’une partie de pêche au saumon. Du grand art, la pêche au saumon. Sauf que cette semaine qui aurait dû être une semaine de vacances pour le p’tit Mouge, de travail pour Séverin puisqu’il doit accompagner un groupe de touristes français, tourne au cauchemar. Le proverbe chinois mis en exergue annonce la couleur : Dans la vie, huit à neuf fois sur dix, les choses ne se passent pas comme on l’avait prévu…

                          

                                                  En Islande. Photo de Philippe Kœberlé

Dans Vis et deviens, le dernier polar de Philippe Kœberlé, retour dans le Haut-Doubs… et retour dans le passé, lorsque Severin Menigoz, son grand frère qui deviendra moine, le p’tit Mouge, le cousin futur médecin… sont encore enfants. Peut-être saura-t-on enfin qui est vraiment Séverin Menigoz, un personnage attachant, un homme de principes, dont on a deviné, tout au long des quatre précédents romans qu’il porte en lui des blessures.

 Vis ! La jeunesse c’est quand on ne sait pas ce qui va arriver

Séverin a dix ans. On le retrouve dans la cour de récréation de l’école, dans une ambiance qui n’a rien à envier à La guerre des boutons, le magnifique roman de Louis Pergaud. Avec, en exergue de celui de Kœberlé, cette citation d’Henri Michaux : "La jeunesse c’est quand on ne sait pas ce qui va arriver."

« Les enfants se ruèrent dans la cour de l’école primaire. Une petite meute hurlante et joyeuse, courant, criant, se poussant, se tirant leurs vêtements, pour arriver au plus vite aux points stratégiques. […] Séverin, un de seuls à ne pas courir, se dirigeait calmement à l’écart, vers un endroit de la cour qui n’intéressait personne. Un peu humide, sous un grand marronnier, une légère déclivité le rendait impropre au jeu de billes ! Mais il avait pour lui un avantage considérable : quelques pierres du mur s’étaient détachées, et depuis là, la vue était imprenable sur le ruisseau qui longeait l’école. Ses truites de temps à autre se laissaient admirer, à condition d’être patient et discret.» 

               

                                                   Barrage du Rosureux. Photo Philippe Kœberlé

Pendant que Séverin observe la rivière et réfléchit à la meilleure façon d’aborder sa prochaine partie de pêche, René Mougin, dit le p’tit Mouge, s’est confronté aux frères Stenzel dans une partie de billes dont il est sorti largement vainqueur. Il s’en réjouit auprès de Séverin.

« – Oh là là ! Gagner toutes les billes des Stenzel, c’est pas très prudent ça ! Tu vas encore t’attirer de ennuis. » s’inquiète Séverin, à qui les frères Stenzel ne font pourtant pas peur.

Effectivement, le p’tit Mouge reçoit une belle raclée… dont il se vengera un peu plus tard.

Des souris et des grenouilles

« Un peu à l’écart, Séverin et le p’tit Mouge attendaient le car de ramassage scolaire qui devait les ramener à Damprichard. »

Une proposition leur est faite, celle d’aller regarder les filles se déshabiller dans les vestiaires du gymnase. « On a repéré un vasistas avec la vitre cassée dans leur vestiaire. […] On pourra grimper chacun à notre tour et les guetter pendant qu’elles se déshabillent. » Si le p’tit Mouge frétille à l’idée de voir les filles a demi-nues, il n’en est pas de même pour Séverin qui a mieux à faire. Il doit aller voir son cousin Thierry Courloux qui lui a fait une demande pressante, celle de trouver deux grenouilles. Pour en faire quoi ?

« Séverin partit, seul, à la chasse aux batraciens. Il connaissait une petite mare, pas très loin de chez lui, pleine de grenouilles. Les soirs d’été, le concert de leurs coassements, mélangé à celui des crapauds étaient assourdissants. Il aimait cette musique et le chant stridulent des grillons qui lui rappelaient l’excitation des coups du soir d’été (une note en bas de page précise : moment magique dans la vie du pêcheur à la mouche, l’été, un peu avant le coucher du soleil, où parfois, selon des règles assez imprévisibles, des milliers d’insectes aquatiques éclosent et entament dans les airs et sur l’eau leur sarabande nuptiale. Les truites en profitent pour faire bombance. Cela peut se prolonger tard dans la nuit.) où, enveloppé de nuages d’insectes, il tentait maladroitement de capturer ses premières truites à la mouche. Ces chants et ces odeurs seraient sa madeleine de Proust et il en rechercherait, plus tard, toujours les sensations, partout dans le monde ? »

Séverin ramène donc deux grenouilles à son cousin, déjà muni, lui, de deux souris. L’expérience à laquelle ils vont se livrer avec les deux grenouilles et les deux souris ? C’est à découvrir dans le roman et ça vaut son pesant de morilles… pour rester couleur locale.

Y se passe qu’il y a des bracos partout !

S’ils se livrent parfois à d’étranges expériences, nos lascars sont bien enracinés dans leur territoire qu’ils connaissent comme le fond de leurs poches, et dans lequel ils évoluent comme les truites dans les rivières. Le p’tit Mouge, en particulier est une mine de renseignements. « Avec son immense famille, caractéristique du haut-Doubs – il aimait à dire qu’un repas de famille chez les Mougin c’était deux cents personnes minimum – et sa curiosité naturelle, il était au courant de tout. Et pour qu’il descende du plateau un jour de canicule l’affaire devait être sérieuse.

« – y se passe qu’il y a des bracos partout ! Et pas qu’à la main, cette fois, y’a le ruisseau de Vauclusotte avant-hier et le Waroly hier qu’ont été passés à l’eau de javel ! Sur cent mètres, tout a crevé : les vairons, les alevins, les gammares (Espèce de toute petite crevette d’eau douce, très fréquente. C’est elle qui donne la couleur rosée à la chair des truites, dites saumonées.) les porte-bois (Larves de phryganes) les p’tites bêtes (Larves de la grande éphémère ou mouche de mai). Y z’ont ramassé que les écrevisses et les truites évidemment. C’était dans le journal ce matin. Mon père dit que c’est les manouches. […]

 – Ils vont recommencer demain dans la Rêverotte, et là ça va être un massacre ! »

Pour nos trois mousquetaires comtois, virulents défenseurs de la nature bien avant les mouvements écolos, pas question de laisser faire. Seulement voilà, ils devront affronter de vrais méchants. Pas le braconnier gentillet du coin. Ils imaginent une opération afin de faire capoter l’affaire.

« – Mais on a que quatorze ans ! se lamenta le p’tit Mouge.

– Moi j’en ai quinze, coupa Thierry, mais il a raison Severin, c’est sans danger, ils ne nous verront même pas. Et même s’ils nous voient ils ne se méfieront pas de trois gamins.

– Et qu’est-ce qu’on va dire aux parents ?»

Sans danger ? Que si ! les bracos sont vraiment de sales teignes. La fuite s’impose. Pendant que Thierry va chercher les gendarmes, Séverin et le p’tit Mouge se réfugient dans une grotte dont l’entrée est masquée par une chute d’eau. « C’était l’entrée d’un vaste réseau souterrain s’enfonçant sur plus de deux kilomètres dans les entrailles de la terre. Seuls six cent mètres étaient accessibles, et encore si l’on était bien équipés. » Quant à Thierry, s’il a réussi à convaincre les gendarmes d’intervenir, ces derniers pensent que les deux autres compères sont rentrés chez eux. Thierry qui sait que non, retourne à l’endroit de leur disparition. Personne, sauf les vélos, à côté desquels il s’installe, assis par terre. Un terrible orage vient compliquer la situation. « Il avait été surpris par beaucoup d’orages pendant sa jeune vie de coureur de rivières et de forêt, mais celui-là était particulièrement violent et impressionnant. Les éclairs étaient désormais partout, les coups de tonnerre roulaient sans répit sur les falaises et le vent, s’engouffrant entre les parois de l’étroite vallée, mugissait de rage, semblant chercher quelque dérisoire construction humaine à détruire. » Et le niveau d’eau monte inexorablement dans la grotte où sont réfugiés Severin et le p’tit Mouge…

                 

                                                         Vermondans. Photo Philippe Kœberlé

204   II./ARM.RGT.4

«… cela signifie deuxième détachement de l’armée, quatrième régiment et 204 c’est le numéro de matricule attribué à chaque soldat dans son unité. Il permet donc de retrouver son nom et son dossier.

– Et comment on fait ?

– Deux organismes allemands s’occupent des fichiers et d’essayer d’identifier les disparus ; il y a encore 800 000 disparus de la Deuxième Guerre mondiale, tu te rends compte. »

Ils ont grandi. Toujours grâce au p’tit Mouge, une nouvelle aventure les conduit à s’intéresser à la dernière guerre mondiale. Ils trouvent une cache d’armes, ils trouvent surtout une plaque dont Séverin, à l’aide d’un professeur d’Histoire du lycée Victor Hugo où il est maintenant interne, apprend qu’elle était celle d’un soldat allemand. Un jeune, très jeune soldat. Fin de la deuxième guerre mondiale, Résistance, collaboration… ils finissent par connaitre l’histoire de ce gamin de leur âge embarqué de force dans une guerre qui n’était pas la sienne. C’est un oncle, un témoin de ce temps de guerre qui la raconte. L’occasion d’un cours d’Histoire donnée par un acteur de la Résistance. Une leçon de vie et d’humanité.

Deviens !

Facile à dire ! Deviens qui ? Deviens quoi ? Dans la famille Ménigoz, les fils, dont Séverin, vont choisir des directions difficiles à admettre par le père, « syndicaliste et longtemps membre du parti communiste après en avoir été exclu en 1968 pour avoir critiqué vertement l’URSS qui avait occupé Prague, et réprimé les aspirations des Tchèques à la liberté dans un bain de sang. Il devinait les difficultés à venir pour le convaincre du bien-fondé de ses choix. Il appréhendait ce jour et n’avait de cesse de le reculer. » Séverin va passer son Bac, et l’obtenir, il n’en doute pas. Mais après ? Il a fait un choix dont il ne sait ce qu’en pensera son père : devenir gendarme. Le sabre, alors qu’Henri, l’aîné, a choisi… le goupillon ! Il aspire à entrer dans les ordres réguliers, comme moine. On le retrouvera, bien des années plus tard, dans Autopsie d’une truite.  Henri fait ses études au Grand Séminaire de Besançon, et Philippe Kœberlé, n’oublie pas de rappeler qu’entre ces murs, Julien Sorel, le personnage central du roman de Stendhal, Le rouge et le noir, y a fait ses études de théologie…

Séverin s’imagine gendarme à la campagne, où il pourra traquer les ennemis de la nature, des animaux. Mais une fois son but atteint, il se heurtera vite aux limites des possibilités d’action dans une gendarmerie de campagne… « La nature est ma cathédrale » pense Séverin, « les fûts des grands arbres sont ses piliers, mais il n’y a pas de voûte, pas de limites, la couleur des vitraux change à chaque instant, ton Dieu s’il existe, c’est là qu’il est, avait-il dit un jour à son frère, surpris par cette réflexion qu’il n’avait jamais envisagée, mais qu’il ne trouvait pas dénuée de sens.

Un crucifix au mur, un lit, une chaise, un bureau, la petite chambre d’Henri respirait l’étude et le dépouillement. Seuls de nombreux ouvrages disséminés un peu partout apportaient une touche de vie. » Et dans une conversation entre Séverin et Henri, nous avons connaissance d’une première blessure du frère cadet, blessure narcissique et sociale, surtout sociale, due à une injustice alors que Séverin est encore au collège.

Premières enquêtes de Séverin

« - Vous avez de la chance, j’ai quelque chose pour vous : une affaire de pollution. Un chercheur de morilles a découvert une doline pleine de lisier ou de purin, je ne connais pas très bien la différence, en plein au-dessus des sources du Dessoubre. […] Il se rendit sur place avec des représentants des associations qui lui expliquèrent qu’une doline était en fait comme une passoire qui laissait passer l’eau et que toute cette saloperie chargée de divers produits toxiques pour l’eau et les poissons, allait percoler longtemps dans les nombreuses sources de Consolation, dont celle du Dessoubre, pendant des années. »

Une autre enquête le conduit chez un gros agriculteur du coin à qui on vole des vaches. Un type revêche qui le fait quand même entrer chez lui.

« – Il n’y a donc personne pour nous servir un café alors que j’ai un invité ? C’est bien la peine d’avoir deux femmes à la maison ! […] Séverin s’attendait à voir apparaître une femme en blouse défraichie avec un fichu sale noué négligemment dans ses cheveux gris, mais c’est une jeune fille aux longs cheveux châtains, le teint hâlé, vêtue d’un blue-jean neuf épousant parfaitement ses formes et d’un tee-shirt éclatant qui surgit. »

L’exilé est un mort sans tombeau

La romance un peu hors la loi qui se construit, la méchanceté du père de Catherine conduisent à un drame épouvantable, conduisent Séverin en prison, et à sa sortie de prison, le conduisent à l’exil. Il sera même à deux doigts de devenir un assassin. « Partir sans but, surtout ne plus décider de rien, puisqu’il n’avait plus d’avenir et un présent sans espoir. » Vis… et deviens. Comment faire quand l’exilé qu’est devenu Séverin est, selon cette parole de Publius Syrus, « un mort sans tombeau ? » Ni ses amis, ni sa mère ne pourront le retenir. Séverin part pour une longue errance à travers l’Europe du Nord, « s’arrêtant là où la fatigue, les rencontres ou les terminus le menaient. » Il travaille jusqu’à l’écœurement sur un bateau de pêche. « Le travail était éreintant. Rien à voir avec la pêche en eau douce. De jour comme de nuit, avec ou sans tempêtes, les énormes chaluts ramenaient des quantités inimaginables de poissons de toutes espèces qu’il fallait trier, ranger dans des barquettes en polystyrène. Ils défilaient sur des tapis roulants, parfois encore vivants. La mort les attendait à leurs extrémités, où des mains expertes décapitaient, vidaient, levaient les filets avant qu’ils ne soient congelés. […] Ce n’était pas de la pêche, mais un massacre monstrueux et effréné, un gaspillage insensé. Il découvrait pour la première fois le pillage en règle des ressources naturelles qui n’étaient pourtant pas infinies. 

Il se jura de ne plus jamais manger de poisson.

Le travail était organisé en 3x8, tantôt à fond de cale, tantôt sur le pont, exposé au froid et aux paquets de mer, mais c’était ce poste là qu’il préférait. La nourriture des marins était abondante, roborative, et la bière coulait à flot. Submergé de fatigue, les mains gercées par le sel et engourdies par le froid, le cerveau embrumé par la bière, il devint un véritable automate. Travailler, manger, boire, dormi. Plus de place pour penser. »

Plus tard, grâce à un ami norvégien, il découvre une nouvelle façon de pêcher, et un nouveau poisson, le skrei. « Il y en a partout, et quand tu auras goûté un filet de skrei juste sorti de la mer, tu comprendras pourquoi on les pêche ! Attention, à la ligne, un par un, pas avec des chalutiers et des filets dérivants. Et ils vont nous rapporter beaucoup d’argent. Allez viens, on y va ! »

Une vie de bourlingueur

Séverin reprend sa vie de bourlingueur, « cette fois au Québec, heureux de parler à nouveau français. Nouveau Thoreau dans l’âme, Séverin re écrit à sa façon Walden ou la vie dans les bois. « Il se construisit une cabane, ou plutôt une hutte près d’un lac salé, dans un endroit très abrité, au bord d’une immense plage où gisait assez de bois flotté pour construire, cuisiner et se chauffer, même en été. […] Il croisa des Indiens, taciturnes et distants. Ils l’ignoraient tout en le surveillant discrètement. […] Il se réveilla un matin, frigorifié. Le monde était devenu blanc. La neige fondit dans la journée, mais il comprit qu’il était temps de redescendre vers le sud, pour trouver un travail dans une petite ville et attendre le prochain printemps. Il n’avait pas abandonné l’idée de passer un hiver dans le grand nord, maintenant qu’il était aguerri. »

Quand le poisson devient poison

Si les premiers jours de ce nouveau voyage sont un enchantement, Séverin est victime de violentes coliques, s’affaiblit, tombe dans un sommeil proche du coma, proche de la mort.

« Il sombra à nouveau dans le noir. Peut-être était-il au fond de la mer ? Il parait que les noyés marchent dans les abysses, cherchant désespérément le ciel. ⌊...⌋ Il ouvrit les yeux. Il n’avait plus de souvenirs. Il ne savait pas où il était. Un visage parcheminé se pencha sur lui, hocha la tête doucement, avant de poser le bord d’une tasse sur ses lèvres. Un liquide chaud et douçâtre s’écoula dans sa gorge. Était-ce un rêve ou la réalité ? Il s’enfonça à nouveau dans l’inconscience. »

Séverin a été sauvé par un chaman Algonquin qui, lorsqu’il est en mesure de l’entendre, lui explique de quoi il a souffert, et pourquoi il l’a soigné. Le chaman a compris que Séverin ne voulait pas mourir, même si ce dernier en doute, encore tout au chagrin de la mort de Catherine.

« – De quoi m’avez-vous soigné ?

 – La maladie des hommes blancs qui ne savent pas fumer le poisson, alors il devient poison et celui qui le mange peut mourir. Mes fils t’ont trouvé en relevant leurs pièges. Ils t’ont ramené ici parce que tu ne voulais pas mourir.

– Où suis-je ?

– Chez moi, où je t’ai soigné. Ta vie n’était plus qu’une petite ombre qui courait sans but dans l’herbe et se serait perdue au coucher du soleil, mais tu as guéri parce que tu ne voulais pas mourir.

Pourquoi lui disait-il toujours cela ? »

Avec le chaman, avec les membres de sa tribu, Sévérin va encore apprendre, sur la nature, sur lui-même…

Laisse-la partir. Il est temps maintenant

C’est le conseil que lui donne Eluwilussit, le chaman. Il a tout deviné de Séverin, il sait tout de la mort de Catherine. Il sait aussi que ce dernier a un animal-totem qui l’a protégé, « celui qui t’a empêché de sombrer dans la folie et qui m’a dit qu’il fallait te sauver. Je t’apprendrai à le contacter quand il le faudra. Il a déjà dû venir te voir. »

Quelques saisons plus tard et plein d’un nouveau savoir, Séverin reprend sa route. Vis et deviens… Il va suivre « la voie de la truite. » Et pour connaître la suite il faut lire, ou relire, Autopsie d’une truite, Le sorcier d’Ornans, Là où tombe la neige et Le piège Anadrome.

                                        

                                       Il manque Autopsie d'une truite, victime de son succès. Prêté et jamais rendu… Donc, les                                                  autres, je ne les prête plus !