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Survivre à Noël

chronique

Jeudi 12 décembre 2019 / Danièle Secrétant

Noël, la fête de tous les dangers ? Dans son essai, Survivre à Noël, ( Éditions encre marine) Stéphane Floccari nous aide à constituer un "kit de survie", afin de passer victorieusement - peut-être même avec plaisir - l'épreuve.

Tu fais quoi, à Noël ?

La question devient une ritournelle entêtante dès les premiers jours de décembre, alors que la ville se pare de décorations suspendues entre ciel et terre, que les trottoirs se jalonnent de sapins enguirlandés floconnés de blanc, que les vitrines gorgées de cadeaux scintillent… Tu fais quoi, à Noël ? La question peut être posée poliment, une façon de montrer que l’on connait les rituels sociaux. Elle peut être posée de sorte que l’on soit dispensé d’y répondre, son véritable objectif étant de développer ce que le questionneur fera lui, à Noël. Quelquefois, une hésitation dans la tonalité de la question, parce que va savoir, il est possible qu’un drame soit survenu dans l’année, et que Noël, chez son vis-à-vis, se drape de noir et de larmes. Certains répondent en tapant dans le dur, sans enfiler de moufles.  "Marre de cette fête capitaliste, consumériste… je ne fais rien !"

Chez d'autres, la question s’accompagne d’étoiles dans le regard… ou de lueurs d’inquiétude… Chez ces derniers, on peut alors parler de Noëlophobie, le Père Noël étant vraiment une ordure, à revenir exercer ses persécutions chaque année, à la même date, impossible de lui échapper. Crises de panique, angoisse…

Dans le «kit de survie » soigneusement pensé par Stéphane Floccari, on trouve tout ce dont nous avons besoin pour comprendre le trouble étrange qui nous saisit à l’approche des fêtes de fin d’années. Une Histoire des origines de Noël. La naissance du Père Noël. Les mythes, légendes et contes fondateurs de nos représentations. Le recours à des spécialistes tels les philosophes, les anthropologues, un peu de psychanalyse … La littérature. Le cinéma. Un fait divers d'hiver, pas si divers que ça… Un questionnaire. Munis de ce bagage, nous pouvons affronter Noël.

Tu fais quoi, à Noël ? On n’est jamais tout à fait libre de ne pas participer à une fête

"On n’est jamais tout à fait libre de ne pas participer à une fête." Cette formule inquiète du sociologue Paul Yonnet s’applique singulièrement à Noël.

[…]

Ne pas y participer, c’est risquer de gâcher la fête des autres par son absence ou de jouer les trouble-fête, voire les sans-cœurs. S’en détourner au grand jour, c’est se hasarder à produire un récépissé d’anomie ou pis encore, adresser un faire-part de désertion, qui ne manqueront pas de se retourner contre leur expéditeur."

 – Alors ? Tu fais quoi à Noël ?

 –  J’essaie de survivre !

 – Comment ?

Dans son essai, réjouissant à lire, Stéphane Floccari aide le ou la Noëlophobe à se constituer un kit de survie. D’abord, connaître le terrain, le lieu du combat, ses différents protagonistes, les étapes qui ont constitué le drame répété chaque année. On pourra ainsi y trouver sa place, savoir comment se mettre en retrait, se mettre à l’abri d’éventuelles agressions. Bref, survivre tout en étant présent à la fête parfois camouflée en épreuve. Ou à l'épreuve camouflée sous des habits de fête.

"Ne bougez plus. Ne raisonnez pas trop. Ne paniquez surtout pas. C’est Noël. Vous n’êtes pas seulement concerné(e). Vous êtes cerné(e). Allez vous asseoir au pied du sapin, en attendant l’heure dite. Ne contestez pas le protocole plus ou moins délirant que chaque famille fixe arbitrairement. Reprenez de la bûche, si vous êtes tenté(e) de dire quelque chose de discordant."

                           

Tu fais quoi, à Noël ? L’heure risquée d’un minuit de l’âme

"On ne vous demande pas votre avis. Souriez, toute la famille est réunie. Vous n’allez tout de même pas vous payer le luxe d’un état d’âme ! Allez, puisqu’on vous dit que c’est Noël ! Une fois encore, vous n’y échapperez pas. À moins que… oui, à moins que quoi ?

Il est temps de se le demander, quand l’horloge indique, entre chien et loup, l’heure risquée d’un minuit de l’âme qui sonne pour tous un jour ou l’autre dans l’existence.

[…]

Car cette période des fêtes de fin d’année, qui s’ouvre avec celle de Noël, on l’attend, on la fantasme, on l’idéalise, on la ressasse depuis qu’on est enfant. Une fois adulte, on s’y prépare avec une intensité qui devient sans cesse plus suspecte au fil des ans. Puis on finit par comprendre qu’on la redoute et par admettre même qu’on en souffre au moins autant qu’on la désire et qu’on la rêve, et que c’est peut-être le cas depuis toujours, en réalité."

Tu fais quoi, à Noël ? J’identifie le présumé coupable à la personnalité complexe, en faisant appel à deux enquêteurs : Arnold Van Gennep, et Claude Levi-Strauss

"Contrairement aux idées reçues, le Père Noël n’est pas américain et son rouge n’est pas celui du coca-cola. Il n’est pas le fils naturel de la publicité contemporaine, ni la stricte réplique laïque de saint Nicolas, dont il est un rejeton légitime et incontestable, mais tout sauf direct et gémellaire. Son roman familial est plus vaste et plus emmêlé que celui de l’oncle d’Amérique qu’on accueillerait une fois par an pour son panache et sa prodigalité. Ce n’est pas non plus un auxiliaire du Tout-Puissant, que les fidèles ont hésité à ignorer ou à occire, avant de le tolérer et même de le récupérer.

Arnold Van Gennep et Claude Levi-Strauss ne sont pas d’accord sur le problème posé par le Père Noël. L’enjeu de leurs analyses est de déterminer là où il faut ranger ce père encombrant dans nos classifications traditionnelles : parmi les dieux, les héros de légende, les mythes, les stars contemporaines ou les usurpateurs nuisibles ?"

Pour Arnold Van Gennep, le Père Noël « n’est le remplaçant d’aucune divinité […] c’est un personnage imaginaire reconnu comme tel par les parents et jusqu’à un âge variable par les enfants, il n’est l’objet d’aucun culte. »

Claude Lévi-Strauss, lui, soutient au contraire que le Père Noël est « la divinité d’une classe d’âge de notre société » qui « reçoit un culte de la part des enfants, à certaines époques de l’année ».

Quant à Stéphane Floccari, il conclut ce chapitre sagement en écrivant que l’idée de Noël doit une part essentielle de son succès à la personnification de ses aspects et de ses valeurs, qui se concentrent tous dans la figure du père Noël.

L’enquête continue. Avec cette question : D’où vient-il, ce Père Noël ? De qui ou de quoi est-il né ? Le dossier complet est à retrouver dans l’essai de Stéphane Floccari, dont Factuel.info se fait l’écho de quelques indices seulement.

"Une des plus anciennes mentions d’une personnification de Noël remonte au XIIIe siècle. […] Noël n’était pas encore un dispensateur de cadeaux.

[…]

Celui-ci est présenté dans l’édition de 1901 du Larousse illustré, comme " un personnage céleste qui, dans les croyances enfantines, est chargé de distribuer des jouets, des friandises, etc., aux enfants sages pendant la nuit. […] Quelquefois, quand les enfants n’ont pas été sages, le Bonhomme Noël laisse en souvenir […] une poignée de verges que porte son compagnon le Père Fouettard. "

Aujourd’hui, on ne parle pas, ou plus des personnages féminins qui ont accompagné la formation de l’imaginaire culturel de Noël. Ce sont des fées. Tante Arie est la principale d’entre elles. "Cette fée de l’air est une sorte de sorcière, qui file sa quenouille et ne descend de sa montagne que la nuit du 24 décembre, notamment dans l’est de la France, du côté de la Franche-Comté, et en Allemagne.

[…]

Dans le Doubs, le Jura et la Haute-Saône, on retrouve une telle figure sous les traits comiques de Chauchevielle, Chaussepaille et Trotte-vieille. Ces fées sont cornues et déguisées. Elles distribuent des cadeaux aux enfants sages. Elles n’hésitent pas à enlever les moins sages, ni à les jeter dans la rivière si besoin s’en fait sentir. Elles sont aussi appelées dames blanches. Ce sont des êtres à la fois aimés et redoutés comme des sortes de « mères fouettardes », voire des représentantes du mal."

Tu fais quoi, à Noël ? Je pends le Père Noël et je le brûle

                                  

Le 17 février 1600, le philosophe Giordano Bruno, accusé d’hérésie, est brûlé vif par l’église, à Rome, sur le Campo dei fiori, où l’on peut voir sa statue, en prêtre encapuchonné.

Le 24 décembre 1951, le journal France-soir, relate un fait divers tout à fait surprenant… et édifiant.

« Le Père Noël a été pendu hier après-midi aux grilles de la cathédrale de Dijon et brûlé publiquement sur le parvis. Cette exécution spectaculaire s’est déroulée en présence de plusieurs centaines d’enfants des patronages. Elle avait été décidée avec l’accord du clergé qui avait condamné le Père Noël comme usurpateur et hérétique. Il avait été accusé de paganiser la fête de Noël et de s’y être installé comme un coucou, en prenant une place de plus en plus grande. On lui reproche surtout de s’être introduit dans toutes les écoles publiques, d’où la crèche est scrupuleusement bannie.

[…]

L’exécution du père Noël sur le parvis de la cathédrale a été diversement apprécié par la population et a provoqué de vifs commentaires, même chez les catholiques. D’ailleurs, cette manifestation risque d’avoir des suites imprévues par ses organisateurs. L’affaire partage la ville en deux camps. Dijon attend la résurrection du Père Noël, assassiné hier sur le parvis de la cathédrale. Il ressuscitera ce soir, à dix-huit heures, à l’Hôtel de Ville. Un communiqué officiel a annoncé, en effet, qu’il convoquait, comme chaque année, les enfants de Dijon place de la Libération et qu’il leur parlerait du haut des toits de l’Hôtel de Ville, où il circulera sous les feux des projecteurs. Le chanoine Kir, député-maire de Dijon, se serait abstenu de prendre parti dans cette affaire délicate ? »

Tu fais quoi, à Noël ? Je vais au cinéma

Stéphane Floccari, décidément soucieux de nous aider à apaiser nos états d’âme, attentif à nous montrer que nous ne sommes pas seuls dans cette épreuve, nous invite au cinéma. Pas pour voir n’importe quels films.

"Depuis ses origines, un certain 28 décembre 1895, à égale distance entre Noël et le Nouvel An, le cinématographe a accordé une place singulière au Réveillon le plus couru de l’année. Un genre va naître, celui du film d’hiver ou encore de fin d’année."

Les scénarios sont tirés des contes de Noël. Impossible de faire l’impasse sur certains d’entre eux, très beaux, qui pourront faire l’objet d’un cadeau, livre ou DVD. En tête de gondole ou en tête d’affiche, Dickens, suivi d’Andersen. "Le premier ne compte pas moins de quatre cents adaptations au cinéma, soit plus de deux par ans en moyenne depuis sa publication en 1843. La figure de Srooge, vieil avare acariâtre visité par trois fantômes des fêtes de Noël passées, présentes et futures, qui se transforme en un être capable de sentiments et de partage, est la parfaite incarnation de de la valorisation victorienne de la solidarité et de la charité.

[…]

Parmi les tous premiers films sur Noël, on trouve quelques perles, comme Un rêve de Noël, de Georges Méliès, sorti en 1900, qui fait suite aux premières productions anglo-saxonnes des années 1897-1898. Ils ont en commun de placer au centre de l’action la figure d’un « Santa Claus » qui tient autant du druide (chez Méliès notamment) et du Bonhomme Noël que du père Noël, dont l’image est encore en voie de fixation dans l’imaginaire collectif à cette époque."

Citons aussi L’Assassinat du Père Noël, de Christian Jaque, sorti en 1941, et, Le Père Noël est une ordure de Jean-Marie Poiré, en 1982. Bad Santa, Le Père Noël a les yeux bleus… Stéphane Floccari fait une analyse fine et détaillée de nombre de films qui ont pour mérite de mettre en scène différents scénarios propres à nous édifier sur nous-mêmes, sur les autres. Des films qui opèrent une sacralisation ou une désacralisation de l’événement. Qui font rire ou émeuvent. Qui donnent la température de l’air du temps dans lequel ils se déroulent. Ils sont à l’image des contes. Ils montrent que Noël a cette étrange vertu de creuser le malheur autant que d’aiguiser la joie. L’auteur de cet essai, à lire, à méditer, met l’accent sur un film particulier, Smoke, de l’écrivain et réalisateur Paul Auster. La musique et les mots de Tom Waits rappellent en fond sonore une vérité que Noël n’épuise pas, mais dont il accentue le trait comme aucun jour de l’année : You’re innocent when you dream. "Oui, on est innocent lorsqu’on rêve et Noël n’appelle à l’évidence pas à autre chose. Telle est l’issue de ce conte nord-américain de Noël, qui donne à penser l’essentiel de cette fête sans sapin, ni neige, ni Père Noël, ni messe de minuit. La chose est pleinement présente, sans le recours à aucun dispositif métaphorique ni a aucune synecdoque, qui risquerait d’en alourdir le trait parfaitement dessiné."

Tu fais quoi, à Noël ? Je lis des fables, des légendes et des contes, dont A Christmas Carol, de Dickens

"Les contes de Noël sont véhiculés par une ancienne tradition orale. Ils sont peu à peu publiés, dès le second tiers du XIXe siècle, par des auteurs qui occupent déjà pour certains le premier plan de la scène littéraire de leur époque. […] Deux cas de figure prédominent ici. Soit ils intègrent l’ancien fond culturel et folklorique de légendes de leur pays ou de leur aire géographique élargie, soit ils inventent des histoires originales.

[…]

Là encore, on n’insistera jamais assez sur le rôle crucial, et, redisons-le, fondateur joué par le grand texte de Dickens de 1843 (A Chrismas Carol). Grand, il ne l’est pas seulement par ses innombrables qualités littéraires, qui ont été aussitôt relevées par la critique et appréciées par un public rapidement élargi. Il l’est surtout par la richesse et la force des images qui l’animent et qui en font un concentré unique de l’air du temps au cours duquel beaucoup de modifications plus ou moins heureuses d’une société en voie d’industrialisation sont en cours. Le mérite de Dickens est d’autant plus grand que, à cette époque où les rues des grandes villes britanniques fourmillent de gamins en haillons qui survivent à peine dans l’ombre d’adultes eux-mêmes voués à former un sous-prolétariat affamé, le rite de Noël avait, depuis le XVIIe siècle, été relégué au magasin des accessoires par le puritanisme anglican des temps préindustriels."

[…]

                                                                              

Dickens forge l’image de Noël

"Déjà, en 1836, dans ses Sketches for Boz, Charles Dickens pouvait chanter les vertus du foyer familial et des bombances dont cette fête est l’occasion délicieuse et unique. « Un repas de Noël en famille, nous ne connaissons rien dans la nature qui soit plus merveilleux. Il semble bien y avoir une magie dans le nom même de Noël. Les jalousies et les discordes mesquines sont oubliées : les sentiments de sociabilité se réveillent dans les cœurs qu’ils avaient depuis longtemps désertés […] Et tout le reste n’est que bonté et bienveillance. »

Tu fais quoi à Noël ? Je m’équipe de mon kit de survie,  j'évite les doux obstacles du vivre-ensemble, et je passe un bon Noël

"Depuis les Anciens, on n'a rien inventé de mieux que la mesure pour contourner la tentation des excès et tempérer les causes de son propre malheur. Un peu de discernement ne saurait nuire, pourvu qu'on identifie ce qu'il faut éviter ou au contraire privilégier pour finir la fête non seulement en ayant survécu, mais en se sentant vivant et heureux d'avoir évité les doux obstacles du vivre-ensemble." Il faut donc éviter un certain nombre de situations, de postures… En ce qui concerne la préparation de la fête, Stéphane Floccari suggère de se fabriquer, mentalement, une sorte de calendrier de l'Avent, avec ses petites cases à ouvrir, une chaque jour avant le grand saut. "En ouvrir une et une seule par jour, ce sera se donner à soi-même l'occasion à fois singulière d'aborder précisément un aspect, technique, pratique, logistique ou psychologique, théorique ou métaphysique, d'un problème qui ne se surmontera ou se résoudra d'autant plus facilement qu'on ne l'avalera pas d'un seul trait, comme un serpent de mer qui ne pourra que se révéler indigeste."

Une fois dans l'arène familiale, "Tout est ici comme ailleurs, pour le dire avec Aristote, affaire de médiété ou de juste mesure, qui est un sommet par lequel se mesurent la perfection et la vertu." C'est ainsi que l'on évitera d'imposer son humeur, surtout si elle est mauvaise. On s'abstiendra également d'évoquer des sujets polémiques qui ne font pas consensus… "En résumé, il faut veiller avant tout à ce qui se produit à l'intérieur de soi et qui évolue au cours de la soirée, au gré des différentes étapes qui scandent cette fête singulière entre toutes."

Après avoir rappelé que "C’était une sorte de jeu d’esprit très en vogue en Angleterre aux alentours de 1860, Stéphane Floccari propose que nous répondions à une sorte de questionnaire, en fin de son essai, dans un esprit apparenté à la haute voltige Proustienne. Le but de l’exercice, écrit-il, est "d’inciter chacun à révéler et à assumer de façon aussi péremptoire et partiale que libre et ouverte ses valeurs les plus personnelles.

[…]

Tel est le cadeau qu’on peut se faire à soi-même : trouver la mesure de sa propre vie, en se libérant de tout carcan moral et de toute entrave sociale, en inaugurant un autre rapport à soi qui fasse fi des encombrements intérieurs et de tous les « tu dois », auxquels font échos tous les « tu ne peux pas ». les uns comme les autres auront bien le temps d’être réactivés quelques jours plus tard, à la montée de résolutions éphémères et conformistes de janvier."

                                              

 Un petit bonus pour les lectrices et les lecteurs de Factuel.info. Quelques extraits de Un chant de Noël, de Charles Dickens. Un conte dans lequel on découvre Scrooge, qui n’est pas sans ressembler à… devinez qui ?

À Londres, ce sera bientôt Noël. Il fait un temps épouvantable, il fait froid… Ebenezer Scrooge a le cœur aussi froid que la température dehors, et même à l’intérieur de sa boutique, une maison de commerce dont il gardé le double nom : Scrooge et Marley. Pourtant, sept ans plus tôt, Marley et mort. Scrooge, avare et misanthrope se prépare, ou plutôt ne se prépare pas à la veillée de Noël. Il envoie balader deux hommes venus lui demander de faire acte de charité, il envoie balader son neveu qui veut l’inviter à sa table, il se montre odieux avec son commis… Bref, Oh ! il tenait bien le poing fermé sur la meule, le bonhomme Scrooge ! Le vieux pécheur était un avare qui savait saisir fortement, arracher, tordre, pressurer, gratter, ne point lâcher surtout ! Dur et tranchant comme une pierre à fusil dont jamais l’acier n’a fait jaillir une étincelle généreuse, secret, renfermé sur lui-même et solitaire comme une huitre.

Nous sommes dans un conte, des événements merveilleux, insolites… peuvent arriver.

Quand Scrooge rentre chez lui, il voit le marteau de sa porte se transformer en la figure de son associé mort, Marley. Un peu plus tard dans la soirée, le fantôme de Jacob Marley, son double dans les affaires qu’ils géraient ensemble, lui apparait. Le même visage, absolument le même. Marley avec sa queue effilée, son gilet ordinaire, ses pantalons collants et ses bottes dont les glands de soie se balançaient en mesure avec sa queue, les pans de son habit et son toupet. La chaîne qu’il trainait était passée autour de sa ceinture ; elle était longue, tournait autour de lui comme une queue, et était faite (car Scrooge la considéra de près) de coffres-forts, de clefs, de cadenas, de grands livres, de paperasses et de bourses pesantes en acier.

[…]

« Oh ! captif, enchaîné, chargé de fers ! s’écria-t-il, pour avoir oublié que chaque homme doit s’associer, pour sa part, au grand travail de l’humanité prescrit par l’Être suprême, et en perpétuer le progrès, car cette terre doit passer dans l’éternité avant que le bien dont elle est susceptible soit entièrement développé : pour avoir oublié que l’immensité de nos regrets ne pourra pas compenser les occasions manquées de notre vie ! et cependant c’est ce que j’ai fait : oh ! oui, malheureusement, c’est ce que j’ai fait.

Deux syndicats et les Gilets jaunes ?

Jacob Marley annonce à Ebenezer Scrooge, que trois esprits viendront le visiter. Deux syndicats et les Gilets jaunes ? Non. Le premier esprit est celui du dernier Noël de Scrooge, le deuxième celui du Noël présent, le troisième celui des Noël futurs.

– Sans leurs visites, reprit le spectre, vous ne pouvez espérer d’éviter mon sort. Attendez-vous à recevoir le premier demain quand l’horloge sonnera une heure.

La fin du conte est une fin heureuse. La sera-t-elle pour nous qui descendons dans la rue ?

Scrooge a pris conscience des autres, de leurs difficultés… Il s’est mis en marche, dans sa ville. Il entra à l’église ; il parcourut les rues, il examina les gens qui allaient et venaient en grande hâte, donna aux enfants de petites tapes caressantes sur la tête, interrogea les mendiants sur leurs besoins, laissa tomber des regards curieux dans les cuisines des maisons, les reporta ensuite aux fenêtres ; tout ce qu’il voyait lui faisait plaisir. Il ne s’était jamais imaginé qu’une promenade, que rien au monde ne pût lui donner tant de bonheur.

Une déambulation, une itinérance, qui lui font abandonner ses postures comptables, cyniques et méprisantes.

Un conte à lire, à relire, à offrir… Et bonnes fêtes de fin d'année à vous toutes et à vous tous  !!!