Abonnez-vous maintenant

Pour lire tous les articles du Journal et créer votre blog à partir de 7€/mois

« Police » : « un film sur la désobéissance positive »

cinéma

Mercredi 2 septembre 2020 / Patrick Tardit

La réalisatrice Anne Fontaine évoque la fois le sort des migrants et le quotidien des policiers dans ce film, sombre, fort et stylisé, avec Virginie Efira, Omar Sy, Grégory Gadebois et Payman Maadi dans le rôle du clandestin expulsé.

Mots-clés: cinéma
Le film entraîne le spectateur dans le même cas de conscience que les personnages.

Demande d’asile refusée, un migrant doit être conduit du centre de rétention à l’aéroport de Roissy, y prendre un avion de retour vers son pays, le Tadjikistan. La mission nocturne est confiée à trois policiers, Virginie, Aristide, Erik, joués par Virginie Efira, Omar Sy et Grégory Gadebois, dans le film de Anne Fontaine, « Police » (sortie le 2 septembre), adaptation d’un livre de Hugo Boris.

Avant de retrouver ces quatre personnages dans une voiture de police, le film s’ouvre d’abord en plusieurs chapitres, les mêmes séquences vécues de façon différente par les trois flics. « Chaque personnage a son moment et ça met le spectateur dans une proximité plus intime », confie la cinéaste (« Nettoyage à sec », « Coco avant Chanel », « Gemma Bovery », « Les Innocentes », « Marvin ou la belle éducation »…). On découvre ainsi les traumas et tracas de chacun, sa vie, ses emmerdes : maman d’un bébé de 18 mois, Virginie a rendez-vous le lendemain pour aller se faire avorter, enceinte qu’elle est de son amant et collègue Aristide ; derrière les blagues faciles, celui-ci fait le vide en lui et entend « souffler le vent dans sa tête » ; en guerre avec madame, Erik ne résiste pas à sa flasque d’alcool cachée dans son uniforme, et ne voit dans ce boulot d’un soir que juste « emmener un type d’un point A à un point B ».

Pourtant, le trio va être perturbé par ce clandestin expulsé, incarné par Payman Maadi (« Un des plus grands acteurs iraniens », précise Anne Fontaine), un homme calme, muet et énigmatique, qui pleure en silence. Ne sachant pas s’ils conduisent un réfugié menacé de mort ou bien, pourquoi pas, un terroriste. Viriginie la première est prête à le laisser s’enfuir, le laisser ouvrir la porte lorsque la voiture stoppe à un feu rouge. « Police » est ainsi un film qui évoque à la fois le sort des migrants et le quotidien des policiers, et entraîne le spectateur dans le même cas de conscience.

Alors que la voiture de police s’enfonce progressivement dans la nuit, le récit se fait de plus en plus sombre, et la tension latente, à épier les regards des uns sur les autres (quatre formidables interprètes). Grâce notamment au travail du chef-opérateur Yves Angelo, c’est un film fort et stylisé (superbe séquence surréaliste d’un cheval s’échappant d’un incendie), où la seule légèreté sort de l’autoradio. « J’aimais bien que ce soit allégé par de la variété, Balavoine, Marc Lavoine, Julie Armanet… J’adore la chanson populaire, je me sens bien dès qu’il y a une chanson, j’ai l’impression que la vie est plus gaie », confie Anne Fontaine, qui tenait à finir son film avec une touche positive, aller voir la mer, se prendre par la main…