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« Lands of murders » : à l’Est, des bourreaux

cinéma

Mercredi 22 juillet 2020 / Patrick Tardit

Le film de Christian Alvart est une adaptation allemande de « La Isla Minima », un thriller crépusculaire transposé du post-franquisme à la post-réunification.

Mots-clés: cinéma
Deux flics bien différents, l’un de l’Est et l’autre de l’Ouest, enquêtent ensemble sur une série de tortures, viols, meurtres et disparitions.

Multi-récompensé, meilleur film espagnol de 2015, « La Isla Minima » réalisé par Alberto Rodriguez se déroule en Andalousie dans la période post-franquiste des années 1980. C’est une dizaine d’années plus tard, et en Allemagne, que le cinéaste allemand Christian Alvart a transposé ce récit avec « Lands of murders » (« Freies land », sortie le 22 juillet). Une adaptation fidèle à la fois dans l’esprit et la réalisation ; les paysages ont ainsi la même beauté d’une zone sinistrée à une autre. Car c’est plus exactement en ex-Allemagne de l’Est, fraichement réunifiée avec l’Ouest, dans la période post-chute du Mur, qu’est située cette fois l’histoire.

Deux jeunes filles disparues et recherchées par des policiers, ce pourrait être un simple polar, si l’on ne sentait encore l’antagonisme entre les deux anciennes parties du pays recomposé, et ses habitants d’un côté ou de l’autre. L’enquête est d’ailleurs menée par deux flics bien différents ; l’un du genre bourru, est chez lui, à l’Est, l’autre débarque d’une ville occidentale, et n’est pas forcément le bienvenu dans la région. Il ne boit pas, ne sait pas se battre ni tirer, et va devoir faire preuve de ses autres qualités, et d’autres méthodes, plus subtiles que celles de son confrère.

C’est en fait une série de tortures, viols, meurtres et disparitions que le duo va découvrir dans cette région froide, hostile, au milieu des marais et marécages ; une région défavorisée, où rôdent les vautours capitalistes qui viennent dépecer les restes de l’ancienne industrie étatique. Alors qu’on retrouve des corps flottant sur une rivière, ce sont des crimes du passé qui remontent à la surface. Copie respectueuse de son modèle espagnol, « Lands of murders » est un thriller crépusculaire, inquiétant, au climat d’étrangeté, et une certaine forme d’exotisme en faisant revivre une époque pas si lointaine, les années 1990, sur laquelle plane encore l’ombre de la Stasi.

« Ce n’est plus le même pays », constate le plus lucide, voyant l’effondrement d’un système et déjà les désillusions de celui qui se met en place. Comme un bégaiement de l’histoire, c’est en Ukraine que le film a été tourné, dans des décors délabrés semblables à ceux de l’ancienne République démocratique allemande.