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L'absence d'Europe

éditorial

Mercredi 22 avril 2015 / Yves Lagier

800 morts dans le naufrage, le dimanche 19 Avril,  du chalutier transportant des migrants en provenance de Somalie, d’Erythrée, de Syrie, 800 morts qui s’ajoutent aux 3500 victimes qui ont péri en tentant de gagner le sol européen en 2014 ! Face à cette tragédie, «  la pire hécatombe jamais vue en Méditerranée », selon le Haut Commissariat pour les réfugiés,  on entend de toutes parts des voix appeler à la solidarité et à exiger de l’Europe une réponse urgente et efficace. Cette Europe qui, pour le ministre français de l’agriculture, « n’a pas été à la hauteur ». Cette Europe qui réunit jeudi 23 avril, en un sommet extraordinaire, les chefs d’états et de gouvernements.

Selon le philosophe et homme politique irlandais Edmond Burke (XVIII ème siècle), «  il suffit que les hommes de bien ne fassent rien pour que le mal triomphe ». Si les états membres de l’Union Européenne continuent à fermer les yeux sur les pertes de vie humaines à leurs frontières, s’ils persistent dans leurs attitudes égoïstes dictées par de seules considérations nationales, s’ils refusent de mettre en commun leurs moyens pour sauver la vie à des milliers de personnes vulnérables, désespérées, fuyant la misère et la guerre, alors la responsabilité de nos chefs d’états et de gouvernement pèsera pleinement dans cette tragédie humaine ! L’Union Européenne ne peut, dans son action extérieure, continuer à n’être que l’addition de politiques étrangères qui demeurent dictées par la seule défense d’intérêts étatiques.

Aujourd’hui ce n’est pas l’Europe mais l’absence d’Europe qui est en grande partie responsable du drame vécu par des populations qui n’ont pas eu la chance de naître du bon côté de la Méditerranée. Federica Mogherini, la haute représentante de l’Union Européenne pour les affaires étrangères, l’a implicitement souligné en déclarant : « nous sommes tous responsables : institutions, membres des institutions, parlements, gouvernements nationaux ». Il n’est aujourd’hui plus possible pour nos dirigeants de s’en tirer par la promesse d’une action plus énergique « la prochaine fois » (cf. Le Monde 22 Avril). Il en va de ce qui reste de crédibilité du « projet européen ».