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Les Gilets Jaunes entre ambiguïtés et vraies pulsions démocratiques et utopiques

analyse

Mercredi 6 mars 2019 / Michel Antony

L'historien franc-comtois Michel Antony tente dans une recherche de plusieurs semaines de comprendre comment le mouvement est passé du vase qui déborde à l'émergence de traits émancipateurs et de véritables expérimentations autogestionnaires jusqu'au changement d'analyse de partis et syndicats. Son texte introduit une rencontre-débat organisée le 13 mars à Besançon par l'association Utopies et Alternatives Aujourd'hui.

Mots-clés: gilets jaunes
Acte 11 des Gilets jaunes, le 26 janvier à Besançon (Photos Daniel Bordur)

 

Il semble y avoir une profonde une différence entre les mouvements par en bas des années 1990-2000 (anti-globalisation) et les suivants des années 2010 (Indignés). Ces derniers paraissent plus pragmatiques, et plus politiques dans leurs modes d'action que dans leurs thématiques. Ils semblent peut être moins globalement utopiques que leurs aînés 1. Ils sont aussi parfois plus ambigus ou même dangereux et non progressistes dans certaines formulations. Car ils sont aussi plus diversifiés et parfois réellement composites, intégrant certes de vraies couches populaires, mais pas forcément politisées et partageant parfois quelques poncifs irrationnels.

 Tout cela se manifeste au moins partiellement dans le cas des Gilets Jaunes français de fin 2018-début 2019.

 

« Une goutte d’eau faisant déborder le vase… »

 

Le mouvement est essentiellement parti d'une révolte classique par en bas, traditionnelle ou « d'ancien régime », car plutôt initialement foncièrement antifiscale : un ras-le bol général contre les taxes et autres augmentations. Elle est donc en phase avec la tradition révolutionnaire (de 1788-1789) et républicaine (les nombreux drapeaux tricolores arborés ici ou là ne sont pas qu'une forme de nationalisme) ; les drapeaux rouges (ou noirs des libertaires) sont extrêmement rares, même avec l'arrivée tardive de l'appui cégétiste : nous ne sommes plus en 1968.

En réalité la lutte contre les taxes était surtout une goutte d'eau faisant déborder le vase. Car une très grande partie de la population, pas forcément opposée aux impôts comme garantie du vivre ensemble et de la pérennité des services publics, s'y est reconnue, ou a été, même passivement, solidaire. Ce qui est stupéfiant, c'est que malgré les pressions de partout, des médias souvent caricaturales, des violences ici ou là et un mouvement qui se prolonge, la population reste largement favorable et des gilets jaunes continuent à apparaître sur des dizaines de milliers de voitures et toujours un peu dans les manifestations et les ronds-points, ou dans des vitrines de magasins et sur les fenêtres ou les portes de maisons ou logements.

Car la révolte est foncièrement contre les inégalités, l'absence de justice sociale ; elle remet en cause l'absence d'aménagement du territoire et pointe les zones délaissées ; elle refuse de devoir payer négativement les avancées écologiques ; elle revendique plus de dignité ; elle en a marre des avantages à sens unique en faveur des riches et des industriels, elle dénonce la galère de millions de personnes pour assurer les fins de mois ; elle s'inscrit dans une redéfinition de la démocratie où chacun-e aurait plus de place… Tout cela au moment où le gouvernement - sans vergogne et sans cohérence notamment écologique et démocratique, et surtout avec beaucoup de mépris - ferme inexorablement les services publics de proximité et les transports publics et condamne les gens à prendre leurs voitures.

Dénoncer les attitudes inacceptables et stupides,
ne pas oublier qu'elles sont largement marginales

Cette obligation amène à payer plus de carburants et donc de taxes et forcément aussi plus de contraventions (surtout avec la réduction à 80 km/h si impopulaire), à perdre du temps et de l'argent sur les routes, à y risquer sa santé et sa vie (« perte de chance » comme disent les professionnels de la santé) et à contribuer malgré soi à la crise écologique avec pour beaucoup la mauvaise conscience qui y est liée : c'est ce que je nomme la double voire triple peine. Bref ce mouvement apparemment limité dans ses revendications prend de plus en plus d'ampleur contre l'arrogance des gouvernants et les incohérences d'une situation qui frappe toujours les mêmes personnes et qui cumule injustice sociale avec injustice territoriale.

Certes quelques Gilets Jaunes ne veulent qu'en découdre et ont une position suicidaire (après moi le déluge) et de fait anti-écologique. Certes l'extrême droite ou la droite traditionnelle ou la gauche de la gauche essaient de s'en saisir, voire de les récupérer. Certes des attitudes totalement inacceptables et stupides pour ne pas dire plus : racisme, sexisme, anti-journalisme primaire, casses infantiles… apparaissent ici ou là. Il faut totalement et fermement les dénoncer, mais ne pas oublier qu'elles sont largement marginales, qu'elles proviennent souvent de l'extérieur du  mouvement, et qu'elles sont accentuées du fait d'une situation bloquée par un pouvoir qui ne cède en rien sur l'essentiel des demandes, et à cause de drames ici ou là causés par la rigueur du maintien de l'ordre : car morts (par accidents essentiellement) et blessés, pour un mouvement largement pacifiste, n'ont jamais été aussi nombreux.

La grande majorité des syndicats et partis - disons populaires pour faire simple - est passée au début à côté d'un évènement qui demeure pourtant dans sa grande majorité populaire et massif et ouvert, ce qui témoigne d'un net aveuglement et de positions boutiquières trop dogmatiques ou tranchées, et surtout d'un sens politique bien émoussé. Cette absence de militants et/ou association a aussi pesé sur la difficulté du mouvement à se coordonner, ou sur la diffusion de thèmes exclusifs ou racistes car non immédiatement condamnés et contrés.

« Certains traits émancipateurs restent à mettre en avant… »

Mais la qualité de l'ensemble des acteurs et certains traits émancipateurs restent à mettre en avant, notamment l'efficacité dans l'auto-organisation, voire l'autogestion du mouvement et son horizontalité prudente et bien plus ouverte et égalitaire qu'on ne l'a dit. Plus le mouvement s'est maintenu, plus les thématiques ce sont accrues, avec notamment l'exigence d'une plus grande démocratie (Cf. le texte Un désir de démocratie de Roland GORI et Marie-José DEL VOLVO), dont la revendication du RIC - Référendum d'Initiative Populaire est emblématique. Pour des membres surtout novices en action de rue, réagissant essentiellement spontanément et à chaud, le succès est vraiment étonnant.

Enfin à la marge, certains Gilets Jaunes (des Gascons, ceux de L'Appel de Commercy) mettent en avant ce qui pourrait passer pour des prémisses de fédéralisme et de communalisme libertaire, sans césar, ni dieu, ni maître. La revendication de Commercy pour une « Assemblée des Assemblées »renouvellée dans leur deuxième appel, et leur proposition d'une rencontre nationale en fin janvier 2019 hausse sacrément la volonté de faire perdurer une puissante démocratie directe. Elle a le soutien de l'Assemblée citoyenne des gilets jaunes de la Plaine-Saint-Denis, qui témoigne également d'un total antiracisme, en mettant en avant la qualité d'accueil et d'intégration du secteur. Lors de cette rencontre des 26-27 janvier 2019, un nouvel appel (Appel de la première « Assemblée des assemblées » des Gilets jaunes) est proclamé, qui porte plus que jamais des exigences d'autonomie, un refus des médiations (type élection ou Grand débat), et une volonté d'essaimage fédéral ou horizontal ; il se termine par « Macron Démission ! Vive le pouvoir au peuple, pour le peuple et par le peuple. ». Ce regroupement dispose désormais d'une adresse pour le joindre : assembleedesassemblees@gmail.com.

De la même manière, pour conserver leur autonomie et une démocratie directe préservée, des Gilets Jaunes de diverses régions ont créé un site participatif pour organiser eux-mêmes le grand débat qu'ils ont appelé « Le vrai débat. Ils ne nous ont pas invités, faisons le ensemble » (https://le-vrai-debat.fr/). Dans de nombreux endroits se tiennent des Assemblées générales régulières, quasiment hebdomadaires comme à Lure (70200), et dans tous les ronds-points et dans les multiples cabanes dressées ici ou là la communication, le débat, l'auto-organisation fleurissent.

Colère noire, gilets jaunes, drapeaux rouges en Limousin 

Tout cela nous permet d'affirmer qu'il s'agit « tout à la fois d'un mouvement social, démocratique agissant d'en-bas, par en-bas, pour en-bas, et (qu')en ce sens il bouscule à plusieurs titres les élites économiques, politiques, médiatiques, administratives, etc.» 2 mais également tous les groupes qui rêvaient de réaliser ces performances basistes. Ce mouvement a réussi à s'instituer comme alternative note à juste titre Gérard DENEUX de Lure 3, certes une alternative ambigüe, incomplète (Cf. Freddy GOMEZ ci-dessous) et disparate selon les groupes et les lieux, mais alternative bien réelle que les pouvoirs n'ont pas réussi à juguler pendant de longues semaines.

Ils ont ainsi acquis, ici ou là, le soutien de structures qui agissent dans des sens semblables : comités de sauvegarde des services publics (ainsi le 1° décembre 2018 la Coordination nationale manifestait dans diverses localités contre les fermetures de services sanitaires ; nombreux sont ses comités qui agissent de concert avec des gilets jaunes pour sauver maternités ou urgences), sections syndicales (notamment autour de Solidaires, et sur le tard et de manière confuse mais massivement de la CGT)… et poussent pour plus de démocratie directe, d'autogestion et d'entente horizontale entre usagers et salariés.

C'est le cas de Sud-Éducation Limousin avec son Colère noire, gilets jaunes, drapeaux rouges ; de l'Association Autogestion qui diffuse largement par son réseau et qui porte en avant L'Appel de Commercy ; de militants de la vieille terre libertaire de Saint-Nazaire, « résolument antiracistes », qui font de l'ancienne sous-préfecture occupée une Maison du peuple autogérée et qui s'expriment dans CQFD - Mensuel de critiques et d'expérimentations sociales ; du journal Cerises de décembre 2018 qui s'interroge avec empathie sur le rôle du peuple revenu au devant de la scène dans ses diverses composantes ; de la revue libertaire À Contretemps et de son animateur Freddy GOMEZ (« À bien des égards, ce mouvement relève d’une forme spontanée et non identifiable d’anarchie plus sécessionniste qu’instituante, d’une révolte populaire qui n’aspire qu’à vivre décemment ») ; du Parti-es Pour de la Décroissance (« Aujourd'hui je mets mon gilet jaune ») ; de la Convergence nationale des Services publics qui débat en interne en préparant son AG de mi décembre 2018 ; du texte de Gérard DENEUX pour les Amis de l'émancipation sociale de Franche Comté (dans leur bulletin n.49 de décembre 2018) ; etc.

Dans sa Lettre d'information du 06 février 2019 ATTAC France confirme que « fin du monde, fin du mois, même combats ! » rappelant ainsi la convergence des mobilisations. L'USP - Union Syndicale de la Psychiatrie fait lors de son congrès à Besançon le 29 mars une soirée débat sur « Le nouveau printemps des luttes » avec Charles PIAGET, leader des LIP, qui juge les Gilets Jaunes « innovants, accrocheurs et courageux », tout en vantant leur souci de « ne pas être récupérés et de rester égalitaires ». Agissant pour un Front syndical de classe et pour la convergence des luttes, Initiative communiste (du PRCF - Pôle de Renaissance Communiste en France) dans son numéro de décembre 2018 veut regrouper « Gilets Jaunes et drapeaux rouges ».

« La réformiste et pacifiste AMR appelle ses membre à ouvrir les communes… »

Le 8 décembre 2018 même la réformiste et pacifiste AMR - Association des Maires Ruraux appelle ses membre à ouvrir les communes et à établir une sorte de Cahier de doléances. Les maires, bousculés, dépassés, méprisés longtemps par les pouvoirs centraux commencent enfin collectivement à renâcler ici ou là et à permettre l'expression populaire et poser des exigences : la demande de moratoire de l'AMRF (fin janvier 2019) concernant les fermetures de tous les services publics (ils ont malencontreusement oublié la poste) est une belle avancée pour au moins deux raisons :

- elle appuie des demandes antérieures (notamment celle de mon association, la Coordination nationale de la Santé, du PCF, de syndicats…) d'arrêter toutes les fermetures et de faire le point en mettant en avant les besoins des populations et des territoires.

- elle est plus cohérente que le gouvernement, et plus respectueuse de la démocratie car on ne peut pas promettre un débat sur les politiques suivies si celles-ci continuent comme si de rien n'était à détruire la proximité (fermetures de maternités, de trésoreries, de bureaux de poste, d'urgence de nuit, de guichets de gare et de lignes ferroviaires…).

« …le mouvement de Saint-Nazaire dresse ses exigences »

À titre d'exemple de l'ampleur revendicative, « Le mouvement de Saint-Nazaire a dressé ses exigences – ici, on ne parle pas de "revendications" : on exige – avec détermination. Par un vote à l’unanimité, l’assemblée générale du 29 novembre (2018) réclamait :

- la démission de Macron ;

- la baisse des prix des produits de première nécessité (carburants, eau, gaz, électricité, logement, etc.) ;

- des taxes sur le kérosène des avions et le fuel lourd des navires, ainsi que des taxes sur leurs pollutions ;

- l’augmentation des salaires, retraites et autres minimas sociaux, sans baisse des cotisations sociales ;

- le rétablissement de l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune) et la lutte contre l’évasion fiscale, pour financer les services publics et la transition énergétique ;

- le partage égalitaire des richesses ;

- le développement des énergies renouvelables ;

- la nationalisation du secteur de l’énergie, des banques et des autoroutes ;

- la révocabilité des élus à tous les niveaux ;

- le plafonnement de l’indemnisation des élus à la hauteur du revenu moyen ;

- la dissolution du gouvernement et la refondation de la République par des assemblées représentatives du peuple ;

- le respect du droit des enfants (éducation, santé...) ;

- la traduction dans les faits de la devise nationale : Liberté, Égalité, Fraternité ».

La revue Temps critiques du 27/12/2018 en accentuant l'analyse favorable de ces différents traits prend cependant plus de distance en rappelant que le mouvement - malgré des points unitaires indéniables sur tout le territoire, et cela accentué par les médias et les réseaux sociaux - est d'abord éparpillé et temporaire. S'il utilise spontanément des modes d'auto-organisation et de délégation directe, il prône trop rarement l'autogestion globale : « Si nous sommes d’accord pour dire que les Gilets jaunes ont développé un mouvement autonome, nous n’irons pas jusqu’à dire qu’ils s’auto-organisent au sens idéologique de l’auto-organisation telle que peuvent la concevoir les conseillistes historiques ou des libertaires. Il s’agit d’une auto-organisation immédiate qui ne débouche sur rien d’autre que sa propre pratique tout aussi immédiate » (voir ici). C'est peut-être un peu trop pessimiste si on écoute le 2° Appel de Commentry.

L'ancien situationniste libertaire Raoul VANEIGEM est plus pertinent, et sans perdre sa vision critique d'une plèbe hétéroclite, il n'en assure pas moins que les « raisons de la colère » sont communes à d'autres mouvements, et que l'autogestion est aujourd'hui partout possible, y compris sur les ronds-points.

« Les syndicats et partis modifient leurs analyses »

En tout cas, plus le mouvement se prolonge, résiste et continue à conserver l'appui de la grande majorité de la population, plus il trouve de nouveaux appuis.

- Ainsi les syndicats et partis qui au départ étaient réticents modifient favorablement leurs analyses ; mais c'est bien tard et parfois mal pris. Les fameux « corps intermédiaires » ont bien été dépassés et sortent affaiblis. Il faut enfin attendre la manifestation du 5 février 2019 pour « rétablir la justice sociale » pour voir un tract national CGT-FO-FSU-SOLIDAIRES commencer leur tract d'appel par « Gilets Jaunes et syndicats mêmes revendications, même combats ! » : c'est à la fois juste sur ce qui est écrit, mais un peu racoleur et manipulateur, et surtout édulcoré vis-à-vis de ce qui dérange (la politique fiscale, l'immigration, les mœurs…). Il s'agit donc d'un regroupement par le haut, au profit des thèses syndicales traditionnelles qui sortent ici renforcées et plus ambitieuses. Ils sont rejoints dans l'appel par l'USP - Union Syndicale de la Psychiatrie dans un communiqué du 01/02/2019.

- Les maires surtout ruraux se sentent renforcés dans leurs demandes par un mouvement populaire qui pointe des axes qu'ils connaissaient mais pour lesquels jusqu'alors, hormis dans de rares endroits (comme dans ma région les révoltes d'élus de Clamecy ou de Saint-Claude), ils ne les avaient pas vraiment mis suffisamment à l'ordre du jour.

- L'État et les collectivités sont obligés de céder, même partiellement, sur des points qui auparavant avaient été annoncés inamovibles. Malheureusement l'art du macronisme, c'est de donner sur le périphérique, rien sur l'essentiel (par exemple la suppression du fameux impôt sur la fortune, cadeau scandaleux fait aux riches, souvent brandi par les Gilets Jaunes, n'est pas remise en cause), et toujours prévoir de revenir sur ce qui a été cédé.

Autour du Grand Débat de fin janvier-février 2019 les divisions s'accentuent (ce qui était voulu et prévisible) mais l'exigence de dépassement du cadre proposé, et de renforcement démocratique, donnent une tonalité encore plus forte au mouvement, comme en témoigne la lettre ouverte au président de la République « Pour un nouveau souffle démocratique ». Participer au débat - sans illusion sur sa fin ni sur son côté manipulateur et fermé - c'est peut-être également permettre aux Gilets Jaunes de s'ouvrir à d'autres strates de population et de renforcer nos exigences communes. Après bien des débats critiques, c'est le choix que mon Comité de Vigilance pour le Maintien des Services Publics de Proximité en Haute-Saône a pris majoritairement lors de son Conseil d'administration du 23/01/2019.

Un mouvement à part ; utopique ?

Pour faire simple, on peut dire que les GJ comme on les appelle se présentent (globalement) :

- comme un mouvement réellement populaire ou plébéien, car touchant toutes les classes mais spécialement les classes les plus démunies.

- comme une expérience rare d'auto-organisation spontanée (et/ou d'autogestion des luttes et mobilisations), sans leader et sans structure rigide, qui est capable de tenir sur la durée.

- comme un mouvement à part des lieux d'exercice traditionnels de la démocratie et farouchement autonome : hors des partis, des syndicats, des mairies, des associations… et surtout dans la rue avec cet étonnante « démocratie des ronds-points ».

- comme un mouvement foncièrement antipolitique, antigouvernemental et antiétatique qui pourtant dans ses exigences demande à l'État de restaurer la justice sociale, fiscale et territoriale.

          Il peut donc apparaître comme un mouvement utopique, ressemblant à ceux du passé (paysannes françaises de 1788, ménagères russes de février 1917, révoltés « républicains » espagnols de 1936…) à la fois par sa pratique, par ses méthodes, par sa démocratie directe vécue et par sa volonté de changement profond de structures politiques et sociales générales. Il mêle utopies concrètes et partielles à une utopie-espérance et motrice générale, même si elle n'est pas toujours clairement formulée.

 

  • 1. GONZAGUE Arnaud Un autre monde est possible. Les indignés, le second souffle des alters ?, -in-Atlas (L') des utopies. 200 cartes. 25 siècles d'histoire, Paris: Le Monde-La vie, HS, p.114-115, 2012
  • 2. Club de Médiapart, courriel de Chris. DELARUE reçu le 16/12/2018
  • 3. DENEUX Gérard Où vont les gilets jaunes ?, -in-Pour l'Émancipation Sociale, n.50, janvier 2019