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Un enterrement à Ornans, sculpté par Gustave Lafont

rencontre

Vendredi 26 juillet 2019 / Danièle Secrétant

Gustave Lafond, peintre et sculpteur Ornanais de cœur et d'adoption, a voulu apporter sa pierre au bicentenaire de Courbet. Il a réalisé un gigantesque bas-relief qui rend hommage au tableau iconique de Gustave Courbet : Un enterrement à Ornans.

Un enterrement à Ornans, un bas-relief gigantesque. Hommage de Gustave Lafond à Gustave Courbet.
Pour le bicentenaire de Courbet, Gustave Lafond, peintre et sculpteur Ornanais, à sculpté Un enterrement à Ornans.

C’était un pari risqué. S’emparer d’un tableau iconique du peintre Gustave Courbet et, à quelques centaines de mètres du musée dédié au peintre, à Ornans, en faire un bas-relief monumental.

Bas-relief sculpté par Gustave Lafont, en hommage à Gustave Courbet.

Pour l’anecdote, car ce n’est pas ce qui caractérise fondamentalement cette sculpture impressionnante, elle pèse 7 tonnes, mesure 7 mètres de long, 1,68 de haut, pour une épaisseur, structure comprise, d’1,50 mètre.

Il a fallu, une fois les conditions réunies pour la réaliser, cinq mois de travail… presque de forçat. La jouissance de la création s’est accompagnée de tendinites et douleurs musculaires dont l’artiste garde le souvenir. La tête et les bras en action. Bel alliage. Et à propos d’alliage, le sculpteur refuse de dire quel a été celui des différents matériaux utilisés, pour donner à cet enterrement la même couleur que celle des falaises de la vallée.

Tout au plus saurons-nous que la pluie lavera facilement le bas-relief des poussières qui ne manqueront pas de se déposer sur lui, et que cette même pluie ne pourra pas altérer le mélange des matériaux.

Il faut dire aussi, que cette sculpture est douce à caresser. Si l’on passe la main sur la figure d’un des personnages, on dirait presque une peau.

Pari risqué, pari réussi. Dorénavant, cette œuvre du sculpteur Gustave Lafond – bien sûr, Gustave s’amuse, s’enorgueillit même de porter le même prénom que Courbet – fera partie de ce qu’il faut voir, et avoir vu, dans cette belle vallée de la Loue.

Gustave Lafond apporte son tribut aux réalisations des peintres et des sculpteurs de notre région. Il regrette qu’on ne parle plus assez de Jean-Léon Gérôme, sculpteur né à Vesoul en 1824… Il s’inclut dans ce monde de pensée si particulier aux artistes, ce qui peut parfois le faire passer pour un peu “décalé”. Il suffit de se promener avec lui, pour vite constater qu’il ne l’est pas. Tout le monde le connaît, le salue… Et il connait son sujet sur le bout du doigt.

Gustave Lafond et le curé de l'enterrement à Ornans.

 

Il s’intéresse au monde de l’art depuis très longtemps. À 14 ans, il suivait déjà des cours de peinture à l’école des Beaux-Arts de Saint-Étienne, n’aimait pas l’école, et s’était inventé un langage écrit déchiffrable uniquement par lui-même.

Gustave Lafond est, au choix, un personnage ou une personnalité.

C’est surtout un peintre et un sculpteur. Un artiste.

Vous sortez du Musée Courbet et vous empruntez le cheminement Courbet , qui vous conduira jusqu’à la tombe du peintre.

Une belle balade.

À mi-parcours, L’enterrement à Ornans.

Gustave Lafond nous a guidés jusqu’à son œuvre.

Il souhaitait apporter sa pierre au bicentenaire Courbet.

La réalisation de son projet a demandé le mécénat de plusieurs entreprises. Il tient à noter que sans elles, la sculpture serait restée à l’état de projet.

Ce fut un travail titanesque.

Déjà, la maturation de l’idée, et une recherche sur la façon dont les sculpteurs du passé travaillaient leurs bas-reliefs. Ensuite, une nouvelle étude du tableau de Courbet. Une première ébauche sur papier. Le modelage des portraits, l’expression des sentiments et des regards…

Dessin préparatoire.

 

Tout s’est fait dans l’atelier, par panneaux. Une fois l’ensemble réalisé, 25 jours de travail ont été nécessaires pour le montage définitif sur le site dédié, une jolie esplanade ombragée et pourvue de bancs. Il arrive que le soleil, suivant sa progression à travers nuages et feuillage, éclaire tel ou tel sujet, telle ou telle partie de la réalisation, invitant le spectateur à se concentrer davantage sur ce que l’astre montre du rayon.

Gustave Lafond raconte son combat entre la matière et les sentiments. Entre la matière et les idées. En cours de réalisation, il a eu des doutes. Il a dû repenser son travail. Il a façonné des têtes et des corps, à la recherche de la meilleure expression. Parfois, il a été contraint de les détruire et de recommencer jusqu’à ce que la forme corresponde à l’idée qu’il s’en faisait.

Ébauches de têtes non détruites.

 

Détruire, démolir… une douleur à chaque fois. Un arrachement. La crainte de ne pas arriver au résultat souhaité…

Il a cherché comment rendre l’importance des regards, leur donner vie et intensité.

Il est vrai que les personnages de son enterrement à Ornans, s’ils ont une peau douce à toucher, ils ont aussi des regards. Parfois troublants.

Regards des sculptés, regard du sculpteur, qui se confronteront aux regards des visiteurs…

Les sœurs de Courbet.

 

Regards sur la mort, puisqu’il s’agit d’un enterrement. Douleur pudique, partagée lors de cette cérémonie menée par le curé. Se détachant au-dessus du bas-relief, inscrit dans le ciel, le Christ sur sa croix. Le bas-relief de Gustave Lafond parle de tout cela, il continue de nous raconter l’histoire d’Ornans, de ses gens, du poids de la religion…

 

Détail avec le Christ sur sa croix.

 

Ensuite, nous avons suivi Gustave Lafond dans son atelier où il expose des artistes venus d’ailleurs. Dont cinq artistes chinois, et Vladimir Anishchenko dont Factuel continue de suivre le travail de mise en valeur de notre région, grâce à sa peinture.