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« Ceux qui travaillent » et les autres

cinéma

Mercredi 25 septembre 2019 / Patrick Tardit

« C’est un film qui renvoie à la moralité, qui pose la question de la virtualité, de la violence, dans une société mondialisée », précise Antoine Russbach, qui a réalisé un long-métrage d’une grande force, avec un impressionnant Olivier Gourmet en cadre licencié après « une faute grave ». « Ceux qui travaillent », un film d’Antoine Russbach (interview dans l'article) avec Olivier Gourmet (sortie le 25 septembre).

Mots-clés: cinéma
Cadre dans une compagnie de fret maritime, Frank (incarné par Olivier Gourmet) gère cargos par dizaines et containers par milliers depuis une plate-forme.

Frank est de ces hommes qui se lèvent tôt. Rituel du matin, il prépare le petit-déjeuner et réveille toute la famille, avant de partir travailler. Il commence tôt le matin et finit tard le soir, travailler plus pour gagner plus. Tel est Frank, incarné par Olivier Gourmet dans le film d’Antoine Russbach, « Ceux qui travaillent » (sortie le 25 septembre).

Frank a un boulot important, cadre dans une compagnie de fret maritime, il gère cargos par dizaines et containers par milliers depuis une plate-forme. En « situation de crise », un clandestin à bord d’un navire, il prend une décision en solitaire. Chargé de produits périssables, le cargo devrait faire demi-tour, déposer l’intrus, pourrait être coincé en quarantaine, du temps perdu, et le temps c’est de l’argent. Frank décide, on s’en débarrasse, ni vu ni connu, puis va chercher sa fille à l’école.

Plus tard dans la soirée, il regarde tranquillement la télé dans sa confortable maison avec piscine, lorsqu’il reçoit un texto, un mot : « Fait ». « Personne ne dira rien », pense Frank. Erreur, ses boss demandent sa démission ; il a fait le sale boulot, il est viré sans ménagement. « J’ai travaillé dur », dit le self-made-man, pour entretenir le train de vie familiale. Désormais chômeur, il le cache à sa femme, à ses cinq enfants, continue de faire comme avant, « sauve les apparences », fait semblant et part encore tous les matins. Frank, qui ne connait pas la vie sans bosser, découvre qu’il y a « Ceux qui travaillent » et les autres. Maintenant, il est un de ces « autres ».

« C’est la question de la honte profonde », dit Antoine Russbach, « En fait, ce qui est terrible c’est qu’il se dit que s’il n’a plus de travail il n’existe plus. Il n’est pas du tout prêt à se confronter à ça, et il ne peut surtout pas dire à sa famille pourquoi il a perdu son boulot, ça le disqualifierait complètement », ajoute le réalisateur, né en Suisse, et parti étudier le cinéma en Belgique.

Antoine Russbach signe un premier film d’une grande maîtrise, d’une grande force, tout en tension, dans lequel on sent les influences du cinéma des frères Dardenne : « J’aime beaucoup la cohérence entre l’économie et le contenu de leurs films », dit-il. Il a d’ailleurs fait appel à un acteur des Dardenne, Olivier Gourmet, pour incarner son personnage principal, un homme solide qui se fissure, enfermé dans ses silences. Frank, ainsi prénommé en référence au monstre de Frankestein, est rejeté par ce système dont il a fait partie, et dont il n’est finalement qu’une créature. Forcément complexe, le récit est rude, même si à la fin, la vie continue grâce à l’amour inconditionnel d’une petite fille pour son père.

 

Rencontre avec le réalisateur, Antoine Russbach, lors des Rencontres du Cinéma de Gérardmer où « Ceux qui travaillent » était présenté en avant-première.

Propos recueillis par Patrick TARDIT

« Ceux qui travaillent », un film d’Antoine Russbach avec Olivier Gourmet (sortie le 25 septembre).