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Center Parcs de Poligny et du Rousset, aucun accord en vue entre la région et Pierre et Vacances

reportage

Vendredi 23 octobre 2020 / Guillaume Clerc

Après un revers devant le Conseil d’État et une forte mobilisation sur le terrain, le groupe Pierre et Vacances a annoncé l’abandon du projet de Center Parcs à Roybon, mais aussi la poursuite des projets d’extension dans l’Eure et de ses nouvelles implantations en Saône-et-Loire et dans le Jura. Pour ces deux projets, le soutien de la région Bourgogne-Franche-Comté n’est plus à l’ordre du jour. Pour maintenir la pression, les opposants se sont réunis pour dénoncer cette « industrie du tourisme » qui détruit la nature et contribue à l’épuisement de la ressource en eau.

Eric Daillie, qui avait lancé l’appel de la journée de rencontres des oppositions aux projets de Center parcs à Massily avec l'association EcoLogicAction 71.

La salle des fêtes de Massilly, un petit village au nord de Cluny (Saône-et-Loire), abritait samedi 17 octobre la journée de rencontres des oppositions aux projets de Center Parcs en France. Vingt-sept organisations ont fait le déplacement, venues relater la lutte réussie de Roybon (Isère) et celles encore en cours contre les projets d’extension du domaine des Bois-Francs (Eure) et de nouvelles implantations au Rousset (Saône-et-Loire) et à Poligny (Jura).

« Nous avons pu fédérer nos forces, échanger des informations, créer des liens et travailler au niveau national », salue Éric Daillie, qui avait lancé l’appel avec EcoLogicAction 71. Après une présentation des différentes situations, plusieurs ateliers ont permis d’affiner les stratégies d’action et de communication. Le militant continue : « Dans tous les projets de Center Parcs, la problématique de l’eau revient. Nous avons gagné la bataille des zones humides, il faut maintenant gagner celle de l’eau. »

Le groupe Pierre et Vacances - Center Parcs a été très affecté par la décision du Conseil d’État du 17 juin 2020 — un refus de la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) adressée par une de ses filiales. Elle visait à contester le retour dans la loi de critères plus larges pour définir les zones humides. Après avoir déposé un dossier comptabilisant 76 hectares de zones humides à détruire en 2013, et dont les mesures compensatoires ont été jugées insuffisantes par la justice, Pierre et Vacances avait tenté en 2017 de ramener ce chiffre à 6,3 hectares en prenant en considération une définition moins restrictive.

La complémentarité des formes de lutte, clé de l’abandon du projet de Roybon

La confirmation du caractère alternatif, et non pas cumulatif, des critères de définition des zones humides (sol hydromorphe ou végétation hygrophile) a douché les espoirs de Pierre et Vacances de trouver suffisamment de terrain pour « compenser » ses destructions. Et donc de voir son projet de Center Parcs de Roybon aboutir. Le groupe a annoncé son abandon le 8 juillet. Son communiqué ne mentionne pas la décision du Conseil d’État, mais invoque plus de dix ans de procédures judiciaires contestant les autorisations administratives, une autorisation de défrichement caduque et un accès au site bloqué par des zadistes.

Ce coup d’arrêt définitif n’a d’ailleurs pas signifié la fin de l’occupation. Plusieurs personnes avaient fait part de leur envie de continuer à habiter et à défendre la forêt de Roybon qui a déjà bien souffert. Ils ont été expulsés par la gendarmerie le 13 octobre d’un site qu’ils occupaient depuis 2014. Durant la journée de rencontres à Massilly, la complémentarité et l’efficacité de la convergence des formes de lutte ont été rappelées. « Nous avons réussi tous ensemble à décourager Pierre et Vacances. Il y a eu la présence au bon moment de zadistes pour empêcher le défrichement, les actions juridiques et les actions médiatiques », a souligné une opposante au projet de Roybon.

Dans son communiqué de juillet, Pierre et Vacances signalait en revanche la poursuite du projet d’extension du Domaine des Bois-Francs, en Normandie. Aurélie Serry, présidente du Pic Vert des Bois-Francs, a eu connaissance de ce projet à l’été 2019 au moment de l’enquête publique. Il s’agit de construire 322 nouveaux cottages haut de gamme pour 1.902 lits supplémentaires, d’augmenter le nombre de parkings de 6 à 17, de porter les voiries internes de 1.100 m à 7.926 m et d’agrandir la piscine. Le tout pour une emprise de 36 hectares supplémentaires de zones humides, de forêts et de biodiversité, selon l’association.

Les opposants à l’extension des Bois-Francs ont déposé un recours contre le PLU (Plan local d’urbanisme) des communes de Pullay et des Barils (Eure). Aurélie Serry en a marre des « projets tout cuits, où tout est déjà décidé et pour lesquels le citoyen n’a pas son mot à dire ». Elle a participé à l’enquête publique, mais elle en dénonce son caractère incompréhensible. Une demande en nullité a aussi été adressée au titre d’éléments faux qui auraient été produits par Pierre et Vacances. En l’occurrence, l’allégation d’un approvisionnement en eau garanti par Eau de Paris. Toujours dans l’attente d’une date pour le procès concernant le PLU, une nouvelle enquête publique serait en préparation pour cet hiver.

« Le principe est de remplacer la nature »

Pierre et Vacances assure que les nouveaux dossiers qu’il entend présenter seront plus verts. Ce ne sera assurément pas suffisant pour les opposants, qui dénoncent des améliorations à la marge et qui s’attaquent au concept même des centres de vacances « au vert » des Center Parcs. « Le principe est de remplacer la nature, avec sa biodiversité, ses cycles, par une nature reconstituée qui n’a plus rien à voir avec la nature. La faune et la flore ne sont là qu’à titre décoratif. Cela ne peut pas s’appeler nature », a dit l’une des participantes.

Concernant le projet du Rousset, Pierre et Vacances a remporté une victoire judiciaire quand la cour d’appel de Lyon a validé en juin 2019 le PLU de la commune du Rousset-Marizy établi pour accueillir le Center Parcs. Mais pour les associations, cette défaite n’en est pas vraiment une. « Les actions judiciaires autour du PLU ont duré trois ans et demi, elles ont permis de rebattre les cartes et de rendre caduc le protocole d’accord signé en 2014 avec la région Bourgogne, qui accordait 8 millions d’euros, et le conseil départemental de Saône-et-Loire, qui débloquait 7 millions d’euros », a détaillé Annick Bernardin-Pasquet, membre de EcoLogicAction 71. Pierre et Vacances annonçait cet été qu’un nouveau projet serait présenté à l’automne. Mais pour l’instant, rien n’est venu

L’avenir du projet de Center Parcs à Poligny reste encore plus incertain. Le tribunal de Besançon avait annulé en avril 2019 une partie du PLU qui rendait constructible 89 hectares de forêt communale. La justice a estimé que cela conduirait à la disparition d’un corridor écologique entre deux zones Natura 2000 et à de trop fortes pressions humaines et sonores aux alentours. Pierre et Vacances conditionne la poursuite du projet aux décisions à venir de la cour administrative d’appel de Nancy. Serait-ce un abandon sans le dire ? En tout cas, aucun nouveau projet ne semble en préparation et celui déposé semble bien mal engagé.

Des élus appâtés par le "dynamisme territorial" et la création d’emplois

Un intervenant a évoqué « une destruction du patrimoine pour le plus grand bénéfice des actionnaires, mais aussi avec beaucoup d’argent public ». Car au nom du dynamisme territorial et de la création d’emplois, de nombreux élus locaux se positionnent en faveur de ces projets. Le modèle économique de Pierre et Vacances intègre d’ailleurs l’engagement financier des collectivités locales.

Le soutien de la Bourgogne-Franche-Comté, qui concernait les projets du Rousset et de Poligny, n’est cependant plus à l’ordre du jour. La région a lancé fin 2019 un appel à manifestation d’intérêt pour des projets touristiques intégrant de plus fortes exigences environnementales et énergétiques que celles du précédent accord aujourd’hui caduc. Pierre et Vacances n’y a pas répondu et aucun accord nouveau n’est à l’ordre du jour entre la région et Pierre et Vacances.

Pour les défenseurs de la nature réunis à Massilly, il apparaît inconcevable de défendre et de subventionner encore aujourd’hui de tels parcs aquatiques, qui ne proposent selon elles que des emplois précaires et qui, en plus de la destruction de forêts et de zones humides, dégradent sérieusement la disponibilité de la ressource en eau pour les riverains. « Nous sommes presque en état de sécheresse permanent. Nous n’avons pas le droit d’arroser notre jardin, mais eux réclament toujours plus d’eau », s’insurge Aurélie Serry, vent debout contre ces « bulles tropicales ».

Article initialement publié sur le site Reporterre sous le titre Contre les Center Parcs « qui veulent remplacer la nature », les opposants se regroupent