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Pour un référendum sur le nucléaire

Lundi 25 juin 2018 / Sébastien Barbati

Nicolas Hulot vient de déclarer, jeudi 22 juin, son opposition au projet du programme Nucléaire français, l'Europe entière tourne le dos à cette technologie, ainsi que de nombreux autres pays dont le Japon suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima. Les administrateurs d'EDF ont exprimé leur doute le 28 juillet 2016 : la poursuite du projet n'a été votée qu'à une toute petite majorité, obtenue grâce aux voix des représentants de l'État et à la détermination de Jean Bernard Lévy le PDG d’EDF.

Des démissions inquiétantes ont eu lieu, dont celle du directeur financier, lequel s’est exprimé devant la commission des affaires économiques : « Qui parierait 60 à 70 % de son patrimoine sur une technologie dont on ne sait toujours pas si elle fonctionne, alors que ça fait dix ans qu’on essaie de la construire ».

La Cour des comptes dénonce le 10 mars 2016 un endettement de 37 milliards d’euros. EDF ne peut plus financer ses projets sans l’aide de l’État qui a déjà injecté plus de 3 milliards. Aucun assureur ne veut assurer EDF. L’autorité de sûreté nucléaire, par la voix de Pierre Franck Chevet dénonce des vices de fabrication : « des bétons plus ou moins bien faits, des soudures plus ou moins bien faites ». Mais pour Jean Bernard Lévy, le PDG, « l’entreprise se porte bien ». Est-ce un déni de réalité ? Tout ceci a de quoi nous interroger.

Ainsi, ce fleuron technologique français pourrait nous conduire dans un gouffre financier, sans parler des dangers dénoncés par les antinucléaires, et malheureusement illustrés par les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima. Alors pourquoi Le PDG d’EDF et les présidents français successifs s’obstinent à soutenir cette technologie ? Alors même qu’en 2015, la loi sur la transition énergétique était votée, engageant la France à réduire l’énergie nucléaire de 75 % à 50 % de l’énergie produite. Au contraire, la démission de Gérard Magnin, administrateur d’EDF, spécialisé dans les énergies renouvelables prouve qu’EDF ne souhaite pas investir dans cette voix, contrairement à tous les autres pays européens. Justement, EDF n’a plus un sou pour son EPR, comment pourrait-elle investir dans la transition énergétique ? EDF a-t-elle fait le bon choix ? Renoncer à ce fleuron technologique français semblerait impossible à imaginer ?

Ainsi, une poignée de personnes, attachées au prestige de la France obtenu grâce à la technologie nucléaire, engagent l’avenir de notre pays. Pourrions-nous au moins leur faire confiance et être rassuré.e.s sur leur choix de soutenir l’énergie nucléaire ? Ce n’est pas ce que pense Bernard Lapon, physicien nucléaire ayant participé à la construction des premières centrales. Il dit : « les politiques ne connaissent pas le sujet et sont convaincus par une caste dirigeante, des hauts fonctionnaires, recrutés à la sortie de Polytechnique, enivrés par le pourvoir et convaincus qu’ils détiennent la vérité » et il ajoute même : « au comportement quasi religieux. » Voilà qui a de quoi nous inquiéter davantage encore !

Quels sont les arguments avancés par cette « caste » ? : la création d’emploi, le prix de l’électricité pas cher, La fierté d’avoir une belle entreprise française (cocorico)

Concernant le premier argument, si EDF s’était engagé comme la loi de 2015 l’invite à le faire dans la transition énergétique, les emplois n’auraient-ils pas été garantis ? Concernant le 2e argument, le reportage de France 5 du 30 mai 2018 démontre que le prix pour les Français est exorbitant et s’élève à plusieurs dizaines de milliards d’euros, dont une partie payée par les contribuables, sans tenir compte d’un éventuel accident (on estime entre 300 et 500 milliards d’euros les dégâts liés à Fukushima). Quant au prestige français, on pourrait penser qu’étant seuls à défendre cette technologie, nous passions pour de dangereux imbéciles.

Le choix du nucléaire engage les Français et les générations futures, aussi chaque citoyen doit pouvoir donner son avis. Cet avis ne peut trouver comme unique théâtre d'expression, la rue, comme à Bar le Duc le 16 juin (photo), avec les risques de débordement connus : tags, vitrines brisés, agressions. Nous devons demander un référendum sur cette question. Il n’y a plus eu de référendum depuis 2005, lors duquel 55% des Français se sont exprimés en disant non au traité constitutionnel européen, avec 70 % de participation. Depuis, la démocratie ferait-elle peur ?