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La Chronique de Filou - La guerre de l'eau aura lieu !

Mercredi 3 octobre 2018 / Philippe HENRY

Non, l'eau n'est pas rare, mais nous gaspillons les pluies, les nappes et les rivières !

D'abord quelques captures d'écran de "Facebook" :

1- un ruisseau à sec après des travaux sur le bassin versant du Dessoubre.

2-photos des environs de Villers-le-Lac.

3- la forêt de Chaux touchée par la sécheresse.

4-la BRA (Basse Rivière Ain) accablée par EDF.

5-la BRA (Basse Rivière Ain) re-accablée par EDF.

6- cours d'eau à sec dans le Puy-de-Dôme (et "partout" en France).

7- Pas d'eau ... ni de biodiversité, sans les zones humides.

Non, l'eau n'est pas rare dans un pays, La France métropolitaine, ou une région, la Franche-Comté, ou un département, Le Doubs, aux précipitations moyennes annuelles de 800 mm, 955 mm (la Franche Comté est la région la plus pluvieuse en 2017) et 1009 mm (le Doubs est le troisième département le plus pluvieux en 2017), respectivement.

(source : http://www.linternaute.com/voyage/climat/classement/regions/precipitations)

Non l'eau n'est pas rare, et une caractéristique de l'année 2018 sera d'avoir connu des crues exceptionnelles aux printemps, puis des rivières sèches en été … cherchez l'erreur!

Le bilan hydrique théorique d'une rivière ou d'un fleuve est de recevoir l'eau du ciel pendant les mois de fortes pluviométries et, ainsi, d'alimenter ses nappes s.l. (ici dans un sens large du fait de la variété des situations : zones humides, nappes alluviales, karst, …). Puis, en été, en étiage, les nappes s.l. alimenteront le cours d'eau pour soutenir l'étiage.

Les médias répètent à l'envie (à l'ennui) que ce sont de nouvelles pertes, nouveaux "trous" dans le lit du Doubs, qui sont responsable de l'assec entre Pontarlier et Morteau. Ces trous seraient le produit de l'érosion du lit de la rivière lors des violentes crues de printemps.

Je n'ai pas toutes les connaissances locales, ni toutes les données, et il y a pour chaque rivière des facteurs propres : morphologie, débits … qui nous rendent l'approche théorique insuffisante.

MAIS, d'une part, où est l'eau perdue ? Pour accuser sérieusement les pertes, il conviendrait d'avoir des mesures de débits montrant que le volume d'eau perdu par unité de temps a augmenté. Puis éventuellement, connaître le trajet de l'eau et son éventuelle résurgence ?

Enfin, quand l'érosion attaque le lit de la rivière, quand il y a sur-creusement du lit, il s'agit le plus souvent d'une réponse à des actions humaines, notamment sur les rives, une tendance à vouloir canaliser le cours d'eau.

Finalement, on peut accuser le soleil, la dissolution des calcaires (le karst), mais sauf à disposer des ombrelles sur tout le département, ou à cimenter totalement le lit du Doubs, il n'y a pas de solution à chercher de ce côté là.

La responsabilité incombe à tous les travaux, tous les aménagements, le plus souvent mercantiles, qui ont été faits sans réflexion sur le bassin versant de la rivière : suppression des zones humides, drainages, canalisation du cours d'eau, …

Par exemple, on voudrait tout à la fois drainer des près, assécher des zones humides, notamment pour l'agriculture ou pour l'urbanisation, et dans le même temps conserver cette eau pour soutenir la rivière à l'étiage : C'EST UNE CONTRADICTION MAJEURE.

La guerre de l'eau aura lieu, car aucun politique ne sera capable de regarder la situation bien en face, puis de décider de "reprendre" des hectares de terrain pour reconstituer des zones humides, des méandres … Nos décideurs resteront une fois de plus "droits dans leurs bottes" et incapables de changer leur façon de voir.