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La forêt à bois, l'arbre trépasse

Mardi 10 juillet 2018 / Lucie Forêt

"La forêt est notre meilleure alliée pour un avenir durable."

Ainsi commence l'éditorial de la Présidente de Région, Mme Marie-Guite DUFAY, dans le n°5 du magazine gratuit "MA REGION".

Sur fond de forêt vosgienne, elle décrit ainsi la forêt bourguino-francomtoise avec les termes : "réservoir", "filtre à air", "source d'énergie", "matière première", "économie bas carbone et circulaire"...

Une belle entreprise du XXI°siècle, "gérée intelligemment" et dont la "filière" se trouve dans le "peloton de tête" ! ... de quelle course ? Un peloton qui file vers quel but ? Pour quelle victoire ?

 

Cette entreprise vient de voir passer son Contrat Forêt-Bois 2018-2028, sous les fourches caudines de l'Autorité environnementale (Ae).

 

La Région, et peut-être aussi Mme Dufay, ont oublié que, comme toute entreprise, la forêt s'inscrit dans un environnement... qui n'est pas qu'économique.

Un "réservoir de biodiversité" n'est pas une forêt, pas plus qu'un zoo n'est la Nature. Il y a là une différence de regard qui n'a pas échappé à l'œil averti des agents de l'Ae : "le CRFB devrait fournir un cadre, aussi bien en matière de contenu que de prise en compte de l’environnement".

 

Les associations de protection de la nature s'inquiètent elles aussi. France Nature Environnement, vient ainsi de publier un communiqué de presse dans lequel est souligné que "La multifonctionnalité n’est pas suffisamment prise en compte".

En effet, la forêt, ce n'est pas que du bois. Ce sont aussi des arbres.

Pourtant, des arbres, la "filière" en propose autant qu'on en veut, en godets de 200 ou 300 cm3, des douglas nord américains, plantés bien alignés, tous de la même espèce et tous du même âge. Forêt ? Ou "champ d'arbres"? "Champ à bois" peut-être, mais certainement pas "forêt".

 

Depuis longtemps, dans le Morvan, des associations s'inquiètent de la disparition des forêts au profit des plantations. Désormais, c'est au tour des agents de l'ONF de s'interroger. La tendance est lourde, initiée par l'Etat sous couvert de "transition écologique" et de "lutte contre le changement climatique" la forêt remplace l'or noir. Les permis de recherche d'hydrocarbure ont laissé place au PNFB et les "pépites" ne se trouvent plus sous la terre, mais sur la terre.

 

Pour une société qui ne vit plus dans la Nature mais qui a besoin d'industries écologiques, le carbone invisible du bois cache l'arbre et détruit la forêt.