Abonnez-vous maintenant

Pour lire tous les articles du Journal et créer votre blog à partir de 7€/mois

Avec ou sans gilet jaune, les débats d'Ornans

Lundi 8 avril 2019 / Gérard MAMET

Dans la patrie de Courbet, suite au mouvement des « Gilets jaunes », il y a eu deux débats. L'un organisé dès le 18 janvier, à la Brasserie du Pêcheur, par l'association citoyenne « Collectif Loue-Lison », l'autre organisé dans le cadre officiel du « Grand débat » par la municipalité, le 27 février, dans une salle communale. À chaque réunion, on a compté une cinquantaine de participants, soit environ 1 % de la population d'Ornans, une dizaine de personnes ayant participé aux deux débats. Pour faire simple, on va dire que le premier débat était plus contestataire et le deuxième plus modéré, avec un public plus diversifié sociologiquement et politiquement.

Dans le débat citoyen du 18 janvier, on a retrouvé les propos habituels des Gilets jaunes, comme l'injustice fiscale, les trop grandes inégalités de revenus, le décalage avec la classe politique, voire le mépris ressenti. Il a été évoqué la crise de la démocratie représentative et avancé la proposition du RIC (1). La question des inégalités a été au centre des discussions, avec la proposition de rétablir l'ISF et de mettre en place une fiscalité plus juste.

Les propositions qui ont fait consensus à Ornans dans le cadre du débat « officiel » sont plus inattendues, et cela sur les 4 thèmes retenus qui ont fait l'objet de 4 ateliers. Voici les exemples les plus significatifs :
Thème 1, Transition écologique : privilégier la solution « vélo » chaque fois que c'est possible et dans un cadre sécurisé, développer les transports en commun (tram, bus, téléphérique…), développer l'alimentation bio, imposer le bio local dans les cantines, privilégier les énergies locales (bois, hydroélectricité), faire un gros effort d'isolation des maisons avec des matériaux à faible empreinte écolo, etc.
Thème 2, Démocratie, citoyenneté : donner un rôle et des moyens plus importants aux associations, non-cumul des mandats y compris dans le temps, plus de proportionnelle dans les différentes élections, prise en compte du vote blanc, possibilité d'un référendum aux niveaux local et national…
Thème 3, Fiscalité, dépenses publiques : une plus grande sévérité contre l'évasion fiscale, un impôt sur le revenu plus progressif, avec plus de tranches et des tranches plus élevées, suppression de la TVA sur les produits de première nécessité, plus d'impôts pour les multinationales et moins d'impôts pour les PME.
Thème 4, Organisation de l'État et des services publics : rendre les services publics plus lisibles et plus accessibles, supprimer les grandes Régions et annuler les fusions entraînées par la loi NOTRe, remettre de l'éthique et redonner du sens à la vie politique, développer la santé et l'éducation dans les quartiers, etc.

Précisons qu'il n'y a eu aucun noyautage du débat par un quelconque courant et, pour être objectif, que certains participants ont amené aussi sur la table des questions plus controversées : les chômeurs « qui ne veulent pas travailler » alors que certaines entreprises ont du mal à recruter, ou la question de la dette jugée beaucoup trop élevée, mais sans qu'on arrive à des propositions qui fassent consensus. Globalement, les propositions ne vont pas dans le sens d'une baisse d'impôts, mais d'une fiscalité plus juste. Elles vont donc dans le sens d'une société plus égalitaire, plus démocratique et plus écologique. Certes, ce n'est qu'Ornans, mais c'est peut-être représentatif de l'état de l'opinion française. Reste à savoir maintenant comment cela va se traduire dans la politique d'Emmanuel Macron. Bien que ces propositions novatrices semblent faire l'unanimité localement, on a beaucoup de mal à faire confiance au si peu écolo « Président des riches » pour engager de telles transformations.