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Violence légitime, violence efficace

Lundi 7 mai 2018 / Danièle Secrétant

Philippe Poutou légitime la violence des Black-Blocs. Regardons-y de plus près, non pas en terme de légitimité, mais d'efficacité.                                        

Philippe Poutou, en tant que représentant d’une certaine extrême gauche trouve légitime la violence qui consiste à dévaster un Mac Do, à mettre le feu à une succursale automobile, à détruire du mobilier urbain, à enflammer un engin de chantier… au risque de mettre le feu à des immeubles dans lesquels vivent des gens qui ne sont pas tous d’affreux capitalistes. Quand bien même ils le seraient, faudrait-il les immoler ? Comme certains n’avaient pas hésité à transformer en torche un homme, parce qu’il était vêtu d’un uniforme ?

Légitime, la violence qui consiste à caillasser des pompiers ?

Légitime, la violence qui consiste à caillasser des voitures de médecins de garde ?

Là où je suis d’accord avec Philippe Poutou, c’est quand il dénonce la violence insidieuse d’un certain ordre aux ordres du Capital.

Les pauvres sont de plus en plus pauvres, les riches de plus en plus riches. Les systèmes de santé, de solidarité, d’éducation… sont mis à mal.

À l’inverse de la violence des Black-Blocs, le Capital et ses affidés ont trouvé les moyens d’exercer une violence efficace. La violence du Capital, ça marche pour les actionnaires, les grands patrons…

La violence des Black-Blocs, et autres… ça marche pour qui ?

Pour le gouvernement qui pourra, au nom de la sécurité des citoyens, renforcer les mesures coercitives. Je soupçonne le gouvernement de monsieur Macron de se lécher les babines. « Allez-y ! Cassez ! Vous nous construisez une autoroute ! »

Ça marche pour le FN (ou quelque soit son nouveau nom). On a failli avoir Marine Le Pen. Encore un peu de conneries idéologiques, et nous l’aurons !

Je suis plus intéressée, en terme de réponse à la violence du Capital, par ce qui s’est passé à la ZAD de Notre-Dame des Landes. S’il y a eu des actes violents de la part d’une poignée d’extrémistes et si je ne fais pas erreur, ceux qui ont gagné l’ont fait en tenant sur le temps, et en défendant un contre-projet cohérent et constructif. Ils font des émules. Lire ou relire, entre-autres, l’article de Daniel Bordur sur le « quartier libre des Lentières », de Dijon.

Alors, il me semble que la question de la violence doit s’appréhender en terme d’efficacité, de résultats. Ce sont des luttes menées par des militants porteurs d’un projet, d’une vision pour l’humanité, qui ont fait avancer notre société. Pas des casseurs encagoulés, violents et vulgaires. En ce moment, la lutte des salariés de la SNCF... et les divisions syndicales et de la gauche...

Alors oui, plus la gauche est divisée et peine à reconstruire un projet vers le progrès social, vers le maintien des acquis sociaux, vers le maintien et la consolidation des moyens de la solidarité envers les plus démunis, vers un système d’éducation qui remette l’ascenseur social en marche, vers une éducation du non machisme pour les garçons, vers la parité, vers une redéfinition ferme des valeurs de Liberté, d’Égalité, de Fraternité, de Laïcité, vers une redistribution des richesses plus équitable… plus des actions violentes et stériles en terme d’efficacité, contre productives en terme de résultats, sont à craindre.

Il y a, dans une certaine gauche et extrême gauche, une coupable tentation vers des visions esthétisantes et romantiques, de la violence à l’état brut, telle qu’elle est exercée par les Black-Blocs. Ou comment fabriquer sa tombe...