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Faites-nous rêver... Tina ?

Mercredi 11 mars 2020 / Daniel Fortin

Jeudi 5 mars 2020, réunion publique de la liste Besançon par Nature dans mon quartier : les Vaîtes.

Bientôt trois-quarts d'heure que les échanges portent essentiellement sur le projet d'urbanisation de cette zone sensible. Plusieurs questions de citoyens, plutôt dubitatifs quant au projet disons « softisé » d'Anne Vignot pour les Vaîtes, et critiques sur son bilan au sein d'une municipalité sortante qui a tout fait pour accélérer cette urbanisation. On sent dans les réponses de la tête de liste EELV, ou les précisions du PCF quatrième de liste, également présent, qu'on tente tout autant de défendre le projet tel qu'avalisé et lancé pendant le dernier mandat que de proposer de le refonder pour l'avenir. On ressent aussi le poids de l'absence du n° 2 PS, adjoint sortant à l'urbanisme, maître-d'oeuvre de la bétonisation coûte-que-coûte hier, devant défendre aujourd'hui un projet réformé. Bref, on marche sur des œufs, dans une énième déclinaison du "en même temps", et plus on avance dans l'échange, moins on saisit quels sont les véritables engagements politiques de la liste d'union sur ce sujet, tant la césure entre le bilan et la proposition est inconfortable.

Et ce citoyen qui pose la question à Anne Vignot : « Mais supposons que l'urbanisation des Vaîtes soit totalement abandonnée, comme aux Lentillères (Dijon), quel serait votre plan B pour le secteur ? Qu'est-ce qu'on pourrait faire avec ces surfaces ? Allez, faites-moi rêver un peu... ».

D'abord, la tête de liste sèche un peu. On sent que, hors de l'urbanisation totale ou partielle, ou « re-visitée », - bref hors l'idée de bétonner - rien n'a été sérieusement envisagé. Pas d'alternative. Oui, on sent un peu la présence de Tina dans cette salle de l'école Tristan-Bernard. Vignot lâche finalement : « Et bien, je remets tout à plat... mais, on ne peut pas nier que la ville a des contrats avec des promoteurs ».

« Et bien nous y voilà... » s'effondre Eric.

Car, je le connais, ce citoyen. C'est mon voisin d'immeuble. On discute parfois ensemble, devant nos boîtes aux lettres, de l'avenir de ce monde. Ouais, c'est un sujet sur lequel nos préoccupations se rejoignent : dans tout ce merdier, où tout part à vau-l'eau, où le monde du vivant s'érode sous nos pieds pendant que le business as usual n'en finit plus de se laisser sans cesse une seconde chance de tout saccager, qu'est-ce qui nous reste à nous, simples vivants, pour inverser le cours de l'effondrement ?

« Faîtes-moi rêver », cela signifiait au fond : « Prenez ma défense. Prenez la défense du vivant, puisque personne en position de pouvoir ne le fait présentement. Opposez-vous à sa destruction. Donnez-nous un espoir ».

Mais non. Tina est là.

Toutes ces années de mandat dans le ronron de la machine municipale, avec ses unions de circonstances, ses séparations de façade, puis ses votes unanimes pour la plupart (quelques abstentions parfois pour éviter l'indigestion de couleuvres), ont façonné des femmes et des hommes politiques résigné.e.s, empêtré.e.s dans les rouages locaux du système global, à la recherche perpétuelle du consensus mou qui permettra de continuer sans trop changer.

On veut bien être écolos mais « dans le cadre de ».
On veut bien être écolos mais « soyez raisonnable, quand même ».
On veut bien être écolos mais « ça coûte cher, il faut demeurer réaliste ».
(écolos pouvant être remplacé par "de gauche")

Pourtant l'urgence écologique, elle, n'existe pas « dans le cadre de ». L'effondrement du vivant, le bouleversement du climat, la dégradation des écosystèmes ne sont pas « raisonnables ». Et ils se déploient sans considération aucune pour l'équilibre des comptes de la commune où la teneur des contrats avec des promoteurs privés. C'est au-dessus de tout ça.

Et parlons-en de ces promoteurs. Je me souviens, lorsque la première affiche immobilière a été placardée sur le site des Vaîtes en 2018, m'être intéressé à l'entreprise dont le nom apparaissait : Icade.

Icade était un groupe financé dans ses premières années par la Caisse des dépôts et consignations sur des projets d’intérêt général (hôpitaux, logements sociaux, etc.), qui a ensuite tranquillement « libéré ses énergies » (ouverture aux investisseurs privés en 2003, introduction en bourse en 2006) pour devenir aujourd’hui un leader français de l’immobilier et du foncier spéculatifs.

Je vous laisse apprécier ce passage de la fiche Wikipédia sur l'entreprise : « Icade annonce, le 12 décembre 2008, sa volonté de vendre l'ensemble de son parc immobilier résidentiel (dont une partie était des logements sociaux), soit plus de 30 000 logements. Un groupement d'une vingtaine de bailleurs sociaux, mené par le groupe SNI, filiale de la Caisse des Dépôts, s’est porté candidat à l’acquisition de ces logements. Cette cession d'anciens logements sociaux, critiquée par certains parce qu'elle amène des organismes HLM à payer une deuxième fois des immeubles édifiés avec des fonds publics, permet à Icade la distribution d'un dividende exceptionnel de 206 millions d'euros, soit 4 euros par action, en 2010. »

Et bing. Le bon vieux schéma libéral de l'entreprise qui finance ses investissements et son développement via la ressource publique, pour ensuite en dévoyer tous les bénéfices vers ses actionnaires. L'histoire politique et économique des quarante dernières années, où notre bien commun a été miné de tous les côtés par les foreuses du capital financier, dans un mouvement qu'on croirait inexorable, comme l'annonçait en ces termes, au commencement de la séquence, une célèbre première ministre d'outre-manche : There is no alternative.

T.i.n.a.

Donc voilà. Nous y voilà. Dans cette salle d'une école de l'est bisontin, jeudi soir dernier, Tina est bien présente. Et quand bien même on ne voudrait pas qu'elle y soit, elle a signé un contrat avec la ville, que voulez-vous. Aux Vaîtes, on transmutera des hectares de jardins en dividendes. C'est la marche du monde. Le monde des marchés.

Et devant nous le triste spectacle de politiciennes et de politiciens qui admettent ne pas pouvoir faire grand chose d'autre que de continuer à laisser faire n'imp. Il le font bien depuis six ans, sans trop broncher, sans trop s'opposer. Ils continuerons à le faire pour les six prochaines pour peu qu'on les remettent en poste.

Et bien moi je refuse cette résignation. Et je ne suis pas seul : nous sommes plusieurs à nous être impliqués comme soutiens, militant.e.s ou candidat.e.s au sein de la liste menée par Claire Arnoux : Besançon Verte et Solidaire. Des combattant.e.s qui, à l'image de Clément, en ont marre de voir ce monde se vautrer toujours plus dans le business as usual, où l'écart entre le compromis et la compromission est souvent réduit à peau de chagrin.

Les petits pas, ça ne suffit plus. Il faut donner un grand coup de pied dans la fourmilière des institutions, les investir, venir s'asseoir autour de la table et savoir poser y le poing quand il le faut pour dire : « Stop. Ça c'est non, on ne va pas cautionner ça ».

Des élu.e.s de cette liste citoyenne sauront faire le taf. On le sait, on les connait. Ils le font déjà dans leurs engagements militants et associatifs depuis nombre d'années pour la plupart, et s'investissent aujourd'hui en politique parce qu'ils en ont marre que les gens en poste n'aille pas plus vite, plus loin et plus sincèrement vers le changement nécessaire. Ils sont plusieurs à avoir gouté à cette inertie, confronté.é.s à tel ou telle élu.e, tel ou telle adjoint.e, qui les ont baladés, ridiculisés ou ignorés.

Alors on arrive. Watch out.

Évidemment, on souhaiterait remporter l'élection et faire majorité pour appliquer notre programme. Parce qu'il est top, ce programme. Un vrai virage écologique, de vraies mesures radicales et transversales pour transformer la commune. Un plan B pour les Vaîtes qui fait rêver, pour le coup. Une véritable révolution démocratique et de justice sociale, pour que reviennent les jours heureux.

Où d'autre peut-on lire comme première mesure programmatique qu'il faille convoquer les citoyen.ne.s pour redéfinir ensemble les règles démocratiques ? Nulle part.

Mais même sans majorité, il est essentiel aujourd'hui de faire émerger des élu.e.s qui iront au combat, face aux résigné.e.s de tous bords, pour porter la voix du bien commun et dénoncer de l'intérieur les errements de la vieille politique.

On en a tellement besoin. Passer du rêve à la réalité.

Le 15 mars, on fait péter la barre des 10%, et le 22 mars, on met les pieds dans le plat du Conseil Municipal!

Redonnons-nous, citoyen.ne.s, le pouvoir de faire de Besançon une ville Verte et Solidaire.

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