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L’assurance chômage en péril

Samedi 29 juillet 2017 / Bernard SERAFINOWSKI

« Zorro est arrivé-é-eee… » avec en réalité,  si l’on tient compte des abstentions et des votes blancs et nuls, un taux effectif de 43,63 % en sa faveur et non de 66,1%  glorieusement avancé et affiché dans la quasi-totalité des médias. Et encore je suis gentil, car dans ce fameux taux de 43,63 % sont compris toutes celles et ceux qui ont voté contre l’épouvantail savamment présenté et agité par les responsables qui l’ont, sans le reconnaître, amenés au deuxième rang de ce second tour. Pas de quoi être fier pour l’heureux zélu. Cela n’engage que moi et vaut bien toutes les analyses qui nous sont rabâchées et assénées par la caste des éditocrates aux ordres.

Cela dit, a été dévoilé dans ce qui est annoncé comme étant le programme d’En Marche ! « l’assurance universelle » contre le chômage. Youpi ! pourrait-on s’esclaffer en trépignant de joie tant le terme employé répond à l’aspiration légitime des peuples d’un désir profond de solidarité que ce soit en matière d’emploi et d’indemnisation du chômage et plus largement en matière de protections sociales. Bref, si l’on consulte le programme macroniste qui tient en 30 pages, excusez du peu, on a beau chercher le détail des nouvelles mesures et on a de quoi être déçu, on ne trouve guère que la phrase suivante : « Notre système est injuste. Je propose de faire de l’assurance chômage une assurance universelle ». Dit comme ça, la conception d’Emmanuel Macron ne pourrait susciter que l’enthousiasme et l’adhésion. D’autant que le programme parle et promet (mais ça, on connaît) « Un droit universel ». Fermer le ban.

 

Les mesures envisagées ? Que dalle, sinon une extension de l’indemnisation aux "artisans, commerçants indépendants, entrepreneurs, professions libérales et agriculteurs". Bon, un petit bonus pour les salariés démissionnaires d’un CDI sous réserve qu’ils aient au moins 5 ans d’ancienneté dans l’entreprise. Ce qui n’était pas le cas jusqu’à maintenant. Et pis, c’est tout. Ceci explique donc l’universalité.

 

Pour en connaître un peu plus, il aura fallu s’armer de patience, tendre l’oreille tous azimuts et être à l’affut, tel un enquêteur de police, de toutes informations écrites susceptibles de nous apporter des renseignements.

 

Tout d’abord un constat. L’entrée des nouveaux allocataires entraînera un surcoût de 4,8 milliards d’euros (estimation Institut Montaigne[i]). Où Macron les trouvera-t-il d’ici 2022 ? Il faut savoir que son objectif de taux de chômage, à lui, est fixé à 7 % à la fin de son mandat  et que l’économie générée serait de 25 milliard d’euros (cotisations supplémentaires dues à la baisse du chômage et plus d’indemnités à payer à ceux qui auraient retrouvés un emploi).   Bon, ce coup là, on nous l’a déjà fait depuis au moins trois décennies et la réalité est tout autre.

 

Source de financement envisagée (accrochez vous, ça va tanguer) :

 

Recul de l’exception faite aux seniors : autrement dit, les seniors de plus de 50 ans bénéficiaient d’un allongement de deux à trois ans de leur indemnisation. Macron veut repousser le seuil d’âge à 59 ans. Économie 390 millions.

 

Limitation du cumul faible activité-chômage : actuellement ce cumul se faisait sur la durée maximale d’indemnisation, soit 2 ans. Macron veut la ramener à 1 an. Économie de 1 à 1,5 milliard.

 

Avec ces deux premières mesures, le taf n’y est pas. Reste 3 milliards à trouver. Faut donc tailler dans le gras

 

Fini le droit aux allocs : ce qui est envisagé, c’est la suppression pure et simple des cotisations qui permettaient à tous salariés de prévenir son risque chômage et d’en revendiquer le droit. Fini tout ça et c’est grave car le risque de chômage du travailleur reste assuré mais la durée et le montant de ses indemnisations ne sont plus garanties par le montant et les années de cotisation. Le financement se fera par une augmentation de la CSG prélevée sur tous les revenus y compris ceux des retraités qui eux ne risque en aucun cas le chômage.

 

Durée et montant des allocations incertains : Jusqu'ici, l'allocation est calculée en fonction du niveau de contribution du salarié via ses cotisations - dans la limite de quatre fois le plafond mensuel de la Sécurité sociale, lorsque l'on a cotisé à hauteur de ce plafond. En ne se basant plus sur les cotisations mais sur la CSG, l'assurance chômage version Macron sera logiquement déconnectée de cette méthode de calcul. D'où l'incertitude sur les montants et leur durée.

Et pour mettre tout le monde au pas, les bonnes vieilles recettes voulues par Sarkozy en 2008 sont remises au goût du jour : "Après deux refus d'offres d'emploi correspondants (critères de salaire et de qualification), ou que l'intensité de la recherche est insuffisante, les allocations seront suspendues" renvoyant la question de la rémunération : « … qui ne soit pas trop déconnectée de la dernière rémunération que vous touchiez" à une négociation post-électorale (TF1 février 2017). La durée d’indemnisation des chômeurs dépendra donc de la célérité avec laquelle Pôle-Emploi leur soumettra deux offres d’emploi. Pour sûr que sur cette question des gains de productivité vont être demandé aux agents. Avec ou sans prime ?

 

[i] Créé en 2000 par l’homme d'affaires Claude Bébéar, est un think tank français, qui se présente avec l'objectif de concilier les enjeux de compétitivité et de cohésion sociale. Il regroupe des cadres d'entreprises, de hauts-fonctionnaires, des universitaires et des représentants de la société civile.

 Article publié dans le bulletin d'Ensemble ! Franche Comté N° 69 - Avril/Juin 2017